L’ensemble de la chaine policière impliquée dans les défaillances ayant précédé le meurtre de Chahinez Boutaa par son mari en mai dernier sera sanctionnée.
Cinq mois après le meurtre de Chahinez Boutaa, tuée de plusieurs balles et brûlée vive par son mari, dont elle s’était séparée, devant son domicile à Mérignac, le directeur général de la Police nationale va convoquer un conseil de discipline. Un premier rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) avait révélé en juin dernier une "suite de défaillances" dans la chaine policière et judiciaire.
Un brigadier, deux commandants et un commissaire
Selon les informations de France Inter, un nouveau rapport de l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) rendu ces derniers jours confirme qu’il y a bien eu une succession de fautes professionnelles et des erreurs d’appréciation qui mises bout à bout ont contribué à ne pas empêcher le mari de commettre l’irréparable.
Tous les agents de police concernés par cette affaire (et auditionnés par l’IGPN ces derniers mois) recevront donc un courrier du directeur général de la Police nationale dans les prochains jours. Certains se verront notifiés d’un ou plusieurs blâmes pour des manquements professionnels et plusieurs d’entre eux seront convoqués devant un conseil de discipline en vue de sanctions plus élevées. Prises individuellement, confie une source proche du dossier, ce ne sont pas des fautes lourdes aux yeux des juristes du ministère de l’Intérieur, qu’il s’agisse des actes du brigadier qui a pris la plainte déposée par Chahinez Boutaa le 15 mars dernier, ou de ceux des deux commandants et du commissaire qui ont ensuite dirigé la traque du mari, six semaines avant l’assassinat du 4 mai.
Son mari, âgé de 44 ans, était sorti de prison depuis décembre 2020 à la suite d’une incarcération déjà liée à des violences conjugales qu’il avait exercées sur son épouse. Chahinez Boutaa n’avait d’ailleurs pas été prévenue de cette libération. Mais le 15 mars, son mari l’attend sur le parking d’un supermarché, la fait monter de force dans sa camionnette, la séquestre et la frappe durant deux heures. Cette plainte aurait dû constituer une alerte suffisante pour empêcher le drame à venir.
Une succession de faits isolés qui se transforme en chaîne dramatique (...)
Le problème, dit un commissaire girondin, c’est que dès le 22 mars, il ne se passe plus rien au niveau administratif : "Il est incompréhensible qu’aucun cadre n’ait saisi l’unité départementale de protection de la famille capable de mener une vraie chasse au mari violent, déjà condamné à plusieurs mois de prison ferme".
Une coordination défaillante entre la directrice du SPIP et la commandante en charge de l’affaire (...)
Dans la chaine judiciaire, le vice-procureur bordelais et à la directrice du SPIP avaient été mis en cause dans le premier rapport d’inspection publié en juin dernier. La chancellerie indique que la note complémentaire rendue depuis "ne conduit pas à devoir sanctionner une personne qui serait à elle seule fautive disciplinairement". Le garde des Sceaux va donc prendre "des dispositions organisationnelles pour que les dysfonctionnements constatés ne se reproduisent plus".