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Marie-Claude Saliceti
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Expulsion de migrants de Melilla : l’Espagne disculpée par la CEDH
Article mis en ligne le 14 février 2020

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a fini par donner raison à l’Espagne, qui avait expulsé en 2014 des migrants africains entrés illégalement à Melilla sans même enregistrer leurs demandes d’asile. Une précédente décision de l’instance européenne avait pourtant condamné Madrid pour cette pratique.

Parmi ces expulsés, deux ressortissants malien et ivoirien ont attaqué l’Espagne devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Ils estimaient avoir fait l’objet d’une expulsion collective "sans examen individuel et en l’absence de toute procédure et assistance juridique".

L’instance juridique européenne décidait fin 2017 de condamner Madrid pour avoir enfreint le droit international en expulsant sans délai ces migrants entrés par la force dans son enclave de Melilla.

Or, trois ans plus tard, cette décision vient d’être renversée. Jeudi 13 février 2020, la Grande chambre de la CEDH - sa formation suprême dont les arrêts sont définitifs – a estimé que l’Espagne n’avait pas violé les articles de la Convention européenne des droits de l’Homme concernant l’interdiction des expulsions collectives.
Un poste frontière inaccessible pour demander l’asile

La plus haute instance de la CEDH reproche aux migrants d’avoir eu d’autres possibilités pour demander l’asile ou un visa, mais d’avoir "décidé de ne pas utiliser" ces voies légales.

Or, d’après l’association espagnole d’aide aux réfugiés CEAR, les deux jeunes Africains n’auraient pas pu demander l’asile au poste frontière, comme le fait entendre la CEDH, car selon l’ONG, "aucune personne originaire d’Afrique subsaharienne n’a pu accéder à ce poste depuis sa création". (...)

Ce revirement surprise a choqué Amnesty international Espagne. "Les gens doivent avoir accès aux procédures d’asile et faire appel de toute décision, peu importe la façon dont ils sont entrés dans le pays où ils souhaitent se réfugier", a souligné l’ONG. (...)

Selon l’association CEAR, le cas de ces migrants arrêtés en 2014 est loin d’être isolé. Au contraire, il arrive souvent, encore actuellement, que les autorités espagnoles renvoient des migrants vers le Maroc au lieu de les emmener en Espagne. Cette procédure d’expulsion connue sous le nom de "renvois à chaud" est autorisée par une loi spéciale adoptée en 2015 par Madrid, malgré les critiques des organisation humanitaires. (...)

Le verdict de la CEDH vient légitimer un peu plus cette pratique espagnole.(...)