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Marie-Claude Saliceti
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Evo Morales « corrompu » : François Lenglet ne ment pas, c’est la vérité qui se trompe
Article mis en ligne le 9 juin 2016

Au cours de la dernière édition de « Des paroles et des actes », le 26 mai 2016 [1], dont l’invité principal était Jean-Luc Mélenchon, François Lenglet, journaliste économique et éditocrate accompli, a déclaré : « Evo Morales, président de la Bolivie, est aujourd’hui empêtré dans des scandales de corruption considérables. […] C’est un corrompu. […] La petite amie de M. Morales, qui est la mère de son fils, a bénéficié de 500 millions de dollars de commandes publiques, allez m’expliquer que tout cela est normal ! »

Dans cette déclaration, tout est faux, excepté le fait que Evo Morales est effectivement le président de la Bolivie. Même les lecteurs du Figaro et de Paris-Match le savaient. Pas Lenglet. Ou bien il a menti.

Le 27 mai, l’ambassadeur de Bolivie, Jean-Paul Guevara Avila, adresse une lettre de protestation à l’émission « Des paroles et des actes ». François Lenglet lui répond le 30.

C’est de cette réponse qu’il sera ici question. Pris la main dans le sac, l’éditocrate fait preuve dans cette réponse d’un incroyable aplomb, sous couvert d’une fausse reconnaissance de sa bévue.

La lettre de l’ambassadeur

Dans cette lettre, l’ambassadeur informe l’émission de France 2 de son « indignation par rapport aux propos démesurés et au manque d’information et de prudence du journaliste François Lenglet […] ». Il ajoute que « Monsieur Lenglet se permet d’aller trop loin et signale clairement, sans aucun fondement ou preuve que le gouvernement bolivien et son président sont soumis à la corruption ». Et un peu plus loin : « Les calomnies sans fondement peuvent entraîner des conséquences juridiques auxquelles nous ne voulons pas faire appel. » Et l’ambassadeur de relater en détail le fait qu’une commission mixte parlementaire a enquêté et lavé Evo Morales de tout soupçon dans cette affaire.

L’ambassadeur, magnanime, ne fait aucune demande à la chaîne de télévision publique : ni rectificatif, ni excuses, ni publication de son courrier à une heure de grande écoute (l’émission « Des paroles et des actes » du 26 mai a été suivie par 2,5 millions de téléspectateurs). Il indique même dans sa lettre qu’il ne portera pas plainte – en diffamation sans doute –, alors qu’il en a la possibilité.

La réponse de DPDA-Lenglet

La réponse de l’émission et celle de François Lenglet, le 30 mai, sont associées dans le texte suivant :

« Des paroles et des actes » : mise au point de François Lenglet

Suite à un échange avec Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de « Des paroles et des actes », lors duquel le journaliste François Lenglet a mis en cause le président bolivien Evo Morales, nous avons reçu une lettre de l’ambassadeur de Bolivie à Paris. François Lenglet tient à faire la mise au point suivante.

Monsieur l’Ambassadeur,

En réponse à votre lettre du 27 mai dernier, je prends acte de la décision de la commission d’enquête parlementaire au sujet de l’affaire CAMC. En conséquence, même si je note que cet avis a été jugé partial par l’opposition bolivienne, je considère que les termes que j’ai utilisés pour qualifier le président Morales, lors de ce débat télévisé pour le moins animé, n’étaient pas appropriés.
Je vous prie donc de bien vouloir prendre acte de cette mise au point, et souhaite vous assurer de mon respect pour la Bolivie et ses institutions. Je suis du reste tout prêt à vous témoigner de cela de vive voix, si vous avez le loisir de me recevoir. Je vous prie, d’agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de ma haute considération.

Nous avons choisi de retirer l’émission de nos sites, une nouvelle version sera disponible très prochainement.

Une réponse confidentielle

La réponse de DPDA-Lenglet est parue discrètement sur le site FranceTV info, comme l’a relevé Arrêt sur Images le 1er juin : « Le texte a été mis en ligne dans un petit coin du site de France Télévisions. On aurait pu le rater. D’ailleurs, beaucoup de téléspectateurs l’auront raté[…] Mensonge proféré en pleine lumière, à la lueur des projecteurs. Rectificatif planqué dans un coin [2]. » De plus, la lettre de l’ambassadeur n’est pas reproduite, même partiellement, et aucun lien n’y donne accès. (...)

Ainsi font les éditocrates. Convaincu de désinformation patente et diffamatoire, François Lenglet, avec le soutien de l’émission DPDA, et donc de David Pujadas, continue de bomber le torse et de désinformer. Répondant publiquement, mais dans un lieu discret, à une lettre de l’ambassadeur de Bolivie qu’il ne publie pas, il le fait en cherchant tellement à minimiser sa grossière faute professionnelle qu’il pourrait faire douter un lecteur non averti de l’existence même de cette faute. La vidéo de l’émission a d’ailleurs été remise en ligne quelques jours après la « mise au point » de François Lenglet, expurgée de l’ensemble de la séquence incriminée : faute effacée n’a jamais existé ?

On savait déjà Lenglet peu regardant sur la déontologie et économiste pour le moins tendancieux. Voilà qu’il s’enfonce un peu plus. Jusqu’où ira-t-il ?