À l’abri des regards, le Conseil des gardiens a adopté une loi autorisant un père de famille à épouser sa fille adoptive dès l’âge de 13 ans.
Pendant que le monde entier a les yeux rivés sur le dossier du nucléaire iranien, qui pourrait enfin se dénouer avec l’ouverture affichée par le nouveau président iranien Hassan Rohani, la République islamique adopte en catimini des lois dignes d’un autre âge. Le puissant Conseil des gardiens de la Constitution a approuvé la semaine dernière un texte, déjà adopté par le Parlement le 22 septembre dernier, autorisant tout simplement un père de famille à épouser sa fille adoptive dès l’âge de 13 ans. (...)
Intitulée "Protection des enfants et des adolescents sans tuteur", la loi traite à l’origine de l’obligation pour une mère de porter le foulard islamique devant son fils adoptif majeur, ou à l’inverse pour une fille adoptive devant son père. D’après la Constitution islamique basée sur la charia, seul un membre de la famille (mari, frère, père ou fils) a l’autorisation d’observer une femme sans son voile à son domicile. Ainsi, la loi entend "protéger" la fille adoptée du regard de son beau-père. Mais l’article 27 de ce texte a provoqué l’ire d’un grand nombre de défenseurs des droits de l’homme en Iran, qui y ont vu une légalisation de l’inceste. Pourquoi ? (...)
Pourtant, d’après Azadeh Kian*, professeur de sociologie à l’université de Paris 7-Diderot interrogée par Le Point.fr, ce genre de pratique est tellement minoritaire en Iran qu’il n’existe même pas de statistiques officielles à ce sujet. "Il ne s’agit que d’une poignée de cas dans des régions reculées", souligne la sociologue. "Ce n’est en aucun cas un débat de société. Fallait-il donc légiférer là-dessus, en sachant qu’une telle loi va renforcer ce genre d’union ?"
L’adoption de la loi fin septembre a suscité l’ire des défenseurs des droits de l’homme en Iran. (...)
Lors de la campagne présidentielle, Hassan Rohani a marqué sa volonté de changement en promettant la fin des "discriminations" à l’encontre des femmes sous son gouvernement. Depuis sa prise de fonction en août, il a nommé trois femmes à des postes de vice-présidente. Mais il se heurte au très conservateur clergé chiite, pour qui la Constitution sert à protéger les femmes de la "décadence" occidentale accusée de les rabaisser au rang de "simple outil".
Intérêt du régime
Ainsi, les Iraniennes ont beau être bien plus avancées que leurs voisines du Golfe - elles sont majoritaires à l’université et accèdent à des métiers de cadre -, elles restent victimes de lois médiévales. (...)
Quant aux filles adoptives, elles possèdent un dernier sursis, le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, seule instance à même d’annuler la décision des gardiens de la Constitution.
D’après l’avocat Karim Lahidji, cet organe pourrait rendre un avis défavorable s’il estime que la loi n’est pas "dans l’intérêt du régime".