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Marie-Claude Saliceti
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Amnesty International
En Iran, Des défenseurs des droits des femmes traités comme des « ennemis de l’État »
Article mis en ligne le 20 septembre 2016

Depuis le début de l’année, les autorités iraniennes ont intensifié la répression dont font l’objet les personnes militant en faveur des droits des femmes dans le pays, en procédant à une série d’interrogatoires violents et en assimilant de plus en plus les initiatives individuelles liées aux droits des femmes à des activités criminelles, a déclaré Amnesty International le 10 août 2016.

« Il est honteux que les autorités iraniennes traitent les personnes qui militent en faveur d’une participation égale des femmes dans les instances décisionnelles comme des ennemies de l’État. Défendre l’égalité des femmes n’est pas un crime. Nous demandons que ces actes de harcèlement et d’intimidation de plus en plus nombreux, représentant un nouveau coup porté aux droits des femmes en Iran, cessent immédiatement », a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice adjointe par intérim du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à Amnesty International.

« Au lieu de s’attaquer au bilan inquiétant de l’Iran en matière de droits des femmes, les autorités iraniennes ont encore une fois préféré la répression et espèrent maintenir leurs pratiques discriminatoires à l’égard des femmes en accusant les militants en faveur des droits des femmes d’être complices de complots organisés par des pays occidentaux. »

Les personnes convoquées pour être interrogées n’ont pas été informées des motifs de leur convocation, mais ont été bombardées d’accusations d’espionnage et de complicité avec des « mouvements basés à l’étranger ayant pour but de renverser le régime de la République islamique ». Amnesty International croit savoir que les pasdaran ont fait subir des violences verbales aux femmes et ont notamment proféré des insultes liées au genre.

Les militants n’ont pas été autorisés à être accompagnés par leurs avocats lors des interrogatoires qui ont, dans certains cas, duré jusqu’à huit heures. (...)

La dernière cible de cette répression accrue est le magazine sur les droits des femmes Zanan e Emrooz (« Femmes d’aujourd’hui »), qui a annoncé qu’il suspendait ses activités le 26 juillet.

« Les autorités iraniennes ne doivent pas se faire d’illusions : harceler les militants en faveur des droits des femmes en procédant à des interrogatoires et en les forçant à interrompre, sans faire de vagues, la publication de magazines et de journaux ne passera pas inaperçu. Elles devraient soutenir les militants au lieu de les persécuter », a déclaré Magdalena Mughrabi.

La conséquence la plus extrême des nouvelles répressions contre les personnes travaillant sur les droits des femmes est l’arrestation arbitraire et la détention le 6 juin d’Homa Hoodfar, une professeure d’anthropologie qui possède la double nationalité iranienne et canadienne et qui est connue pour son travail depuis des dizaines d’années sur les questions relatives à la condition de la femme. Homa Hoodfar n’a pu s’entretenir avec son avocat qu’une seule fois, et ce brièvement, et a principalement été détenue au secret depuis son arrestation. Elle est actuellement détenue à la prison d’Evin à Téhéran.

Elle avait travaillé avec le réseau Femmes sous lois musulmanes, un réseau féministe international dont le but affiché est de soutenir le combat des femmes en faveur de l’égalité et promouvoir leurs droits dans des contextes musulmans. (...)

« Il est inadmissible que les autorités iraniennes assimilent le précieux travail d’Homa Hoodfar sur le féminisme et les droits des femmes dans des contextes musulmans à des infractions liées à la sécurité nationale. Ces évolutions inquiétantes soulignent les mesures extrêmes, absurdes et troublantes auxquelles les autorités iraniennes sont prêtes à avoir recours pour éliminer les personnes qui s’opposent à la discrimination approuvée par l’État », a déclaré Magdalena Mughrabi.

« Les autorités iraniennes doivent libérer Homa Hoodfar immédiatement et sans condition et cesser leur harcèlement incessant des personnes qui défendent les droits des femmes dans le pays. »

Des dizaines de milliers de membres d’Amnesty International ont demandé sa libération immédiate et inconditionnelle, car cette femme est une prisonnière d’opinion détenue uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression. (...)