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Des étudiants d’universités et de grandes écoles aident les migrants à passer leurs diplômes en France
Article mis en ligne le 23 juillet 2016
dernière modification le 18 juillet 2016

Depuis la rentrée 2015, des étudiants d’universités et de grandes écoles s’organisent pour soutenir les migrants. L’objectif : aider les jeunes réfugiés à passer leurs diplômes.

Sans attendre l’aval de l’administration, ils ont pris les choses en main pour proposer des cours de français, un accompagnement personnalisé, ou pour les aider de jeunes syriens, soudanais ou érythréens à reprendre leurs études. Avec une réussite certaine, puisque le réseau a rapidement essaimé. A partir de la rentrée prochaine, les étudiants du collectif Resome espèrent étendre le succès du réseau dans les villes de province. (...)
Certains étaient déjà des militants syndicaux, d’autres avaient travaillé ou travaillaient sur les questions liées à l’immigration. D’autres encore se sont engagés à cette occasion dans la solidarité. Tous ont en commun d’avoir été témoins d’une situation d’urgence qui les a profondément bouleversés. Les liens créés avec les migrants et leurs soutiens durant cette période, ils n’ont pas imaginés les défaire par la suite.

À la rentrée, ils ont commencé à mobiliser leurs établissements respectifs, puis à y créer des associations, pour que des exilés — sans condition de statut, demandeurs d’asile ou non — puissent suivre des cours de français langue étrangère (FLE), et si besoin reprendre leurs études. La réponse de l’institution a été très variable d’un lieu à l’autre, en fonction aussi du soutien actif de certains enseignants ou de membres du personnel. (...)

En avril 2016, ces différents projets sont rassemblés dans un collectif, Resome, pour « Réseau études supérieures et orientation des migrant.e.s et exilé.e.s ». Un site est créé où paraît une tribune signée par de grands noms de l’université et des grandes écoles, spécialistes en sciences humaines, philosophie et droit pour l’essentiel. La tribune est reprise le 2 mai, dans le journal Libération, au moment précis où les réalisations concrètes commencent à se faire jour. À l’exception de l’École normale supérieure (ENS) de Lyon, l’implication concerne exclusivement une dizaine d’établissements à Paris et en proche banlieue. L’un des enjeux des mois à venir sera de mobiliser en région. (...)

À force de tractations, le projet a été officialisé en janvier, la convention signée en février, mais les attentats de Bruxelles ont créé de nouvelles difficultés. Les étudiants sans papiers se sont vus bloquer l’accès au site. Les cours ont finalement commencé début mai. La convention expire en juillet et il faudra batailler pour son renouvellement. (...)

Dans ce réseau aux réalités contrastées, l’ENS de la rue d’Ulm fait office de moteur, offrant une prestigieuse vitrine et des conditions matérielles sans comparaison avec des universités saturées. Alison est un des piliers du programme d’étudiants invités de l’ENS. Elle a déposé le projet le 6 septembre, après avoir rencontré Omar, un Soudanais du lycée Jean Quarré. « On avait le même âge et le même niveau d’études, cinq ans de philosophie. »

L’ambition est ici la reprise d’études pour les quarante élèves, répartis en quatre niveaux et qui bénéficient de dix heures de cours hebdomadaires, donnés par des étudiants du crû bénévoles mais formés. L’an prochain, leur travail devrait être coordonné par un professeur de FLE à mi-temps. Les étudiants inscrits doivent déclarer avoir fait deux ans d’étude après le bac. Aucune preuve n’est exigée. Du reste, la plupart d’entre eux seraient dans l’impossibilité d’en fournir. Certains vivent à l’hôtel, d’autres chez des amis rencontrés par l’école.

Sur les quelques 3 000 étudiants de l’ENS, une centaine sont impliqués dans le projet, ainsi que six enseignants et trois membres du personnel administratif. (...)

Rappeler à l’État ses devoirs

En phase de test, le dispositif commence à prendre de l’ampleur. Lola, l’une des initiatrices de Resome, est étudiante en sciences politiques à Paris VIII. Elle travaille sur les politiques d’accueil dans les centres d’hébergement est est bénévole au Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants, où elle donne des cours. Elle est surtout dotée d’une contagieuse énergie positive : « Au final ça ne coûte pas très cher, et si on est motivés, ça peut se faire relativement vite. »

Son souhait est de voir le réseau sortir du cadre parisien. « La liste d’attente est énorme, souligne-t-elle, mais il faut montrer aux gens que c’est possible. On est clairement dans la volonté de se constituer en groupe de pression, pour que l’État prenne ses responsabilités. »

Comme la plupart des étudiants engagés dans ce projet, Lola a une connaissance concrète de la réalité des camps à Paris et une expertise réelle pour faire le lien entre institutions et migrants. Après la parution de la tribune dans la presse, le réseau a obtenu un rendez-vous au ministère et un autre à la mairie de Paris. Mais le combat doit se poursuivre pour pérenniser et agrandir les projets existants et en créer d’autres. Le bénévolat ne peut couvrir tous les besoins et la création de postes est devenue une priorité. Pour l’instant, déplore André, « les pouvoirs publics se lavent les mains grâce à nous ».