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Marie-Claude Saliceti
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Infomigrants
Depuis les côtes anglaises, ces citoyens britanniques à l’affût des bateaux de migrants
Article mis en ligne le 3 mai 2022
dernière modification le 2 mai 2022

Les côtes du Kent, au Royaume-Uni, sur lesquelles s’échouent les embarcations de migrants ayant traversé la Manche, sont devenues des points d’observation pour citoyens anxieux. Si certains arpentent les falaises pour venir en aide aux canots qu’ils repèrent au large, d’autres les comptabilisent pour "avertir" les médias. Ils redoutent ces arrivées comme on craint un envahisseur. Reportage.

(...) Sur la ligne d’horizon, une bande de terre se détache. "Regardez, on distingue très bien la France", pointe Bridget Chapman, le regard au loin, yeux plissés en cette journée ensoleillée. Cette Londonienne pure jus vient régulièrement se balader sur les hauteurs de Folkestone, petite ville du comté du Kent, dans l’extrême sud-est de l’Angleterre, où elle s’est établie, il y a plusieurs années, à la surprise de son entourage.

"On m’a dit : ’Mais que vas-tu faire là-bas ?’, rit-elle, mais moi j’aime cet endroit, c’est calme et il y a la mer." La mer, celle-là même qui amène des migrants auprès de Bridget Chapman, membre de Kent Refugees Action Network (KRAN), une organisation qui vient en aide aux jeunes exilés interceptés dans la Manche. (...)

Le Kent, de par sa proximité avec la France, est l’unique porte d’entrée en Angleterre pour ceux qui tentent la traversée de la Manche. Ils étaient plus de 28 000 à débarquer en 2021, déjà près de 7 000 en 2022.

Finie, ou presque, l’époque où les migrants se cachaient à l’arrière de camions pour rejoindre le Royaume-Uni : depuis 2018, ils optent de plus en plus pour des passages à bord de canots, solution extrêmement dangereuse mais qui a l’avantage de contourner la très haute sécurité mise en place aux abords de l’Eurotunnel et autres terminaux de ferries dans la région de Calais.

Outre-Manche, depuis ces centaines d’arrivées, il ne règne plus la même ambiance sur les sentiers côtiers ouverts aux embruns. À la tranquillité apparente, se mêle désormais une angoisse sourde : celle de voir arriver des migrants, voire d’être témoin d’un drame. Alors, à l’image de Bridget Chapman, des citoyens "inquiets" ont débarqué dans la région ces dernières années. (...)

Steven Martin, par exemple, un chercheur de 37 ans résidant à Cambridge, à près de 200 kilomètres de là, a lancé en 2020 une équipe de patrouilleurs des côtes. Méfiant envers les autorités et leur capacité à gérer correctement les arrivées de migrants, il a mis sur pied Channel Rescue ("les sauveteurs de la Manche"), une équipe de veilleurs volontaires, dont les rangs ne finissent pas de grossir. De 25 en 2021, ils sont passés à plus de 100 cette année. (...)

Leurs craintes ne sortent pas de nulle part : les autorités britanniques ont maintes fois exprimé leur réticence à accueillir ces migrants et, même, leur volonté de repousser hors des eaux britanniques les embarcations de migrants. Le 26 avril, contre toute attente, Londres a abandonné ce dernier projet.
"On va te jeter de la falaise" (...)

"On reçoit souvent des menaces, particulièrement quand on est mentionnés dans la presse, justifie Steven Martin. Du genre : ’On va te jeter de la falaise’, ou ’Je vais te couler’. Cela vient de groupes d’extrême-droite, même si on n’en est pas sûr à 100 %."

La situation sur le littoral du Kent a attiré des groupes radicaux. Des militants d’extrême-droite patrouillent, eux aussi, le long des côtes et tentent de repousser, ou de dissuader, les migrants, allant parfois jusqu’à les approcher en mer. D’autres, moins violents, se disent "très inquiets" par ces arrivées qui mettraient en péril l’équilibre de leur pays. Dans les faits, pourtant, plusieurs y ont vu une aubaine.
Matériel vidéos et comptage de migrants (...)

"L’accueil que le Royaume-Uni réserve à ces migrants est lamentable", fustige de son côté Bridget Chapman, qui ne décolère pas depuis Folkestone. La militante tient à rappeler que, lors de la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni avait accueilli quelque 250 000 réfugiés francophones, dont un grand nombre de Belges, fuyant les nazis. "À l’époque, ils avaient été accueillis en grandes pompes", explique-t-elle. Eux aussi étaient arrivés à bord de petites embarcations à travers la Manche.