En se basant sur les résultats d’une enquête menée auprès d’élèves en école d’ingénieur·e·s en 2016 sur les conditions d’études des filles, cet article vise à dresser un état des lieux des violences sexistes et sexuelles, verbales et physiques, et à analyser les mécanismes qui favorisent la sur-sexualisation de la vie associative et banalisation de ces violences sur de nombreux campus. L’article explore tout particulièrement les stratégies de déni, d’évitement et d’euphémisation de la part des filles face à l’humour sexiste.
Les écoles d’ingénieur·e·s bénéficient d’un grand prestige en France. Seuls reproches que les autorités publiques et les médias leur adressent de temps en temps : le manque de diversité sociale (6 % d’enfants d’ouvriers contre 46 % d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures, Observatoire des inégalités 2016) et de féminisation (28 % de filles, CDEFI 2016 ). (...)
Très peu d’études ont abordé le genre ou les rapports sociaux de sexe entre élèves au sein des écoles d’ingénieur·e·s françaises, et encore moins le lien entre mixité et conditions d’études de ces élèves.
Seules les conclusions du projet européen Womeng (Sagebiel, Dahmen 2005 ; Commission européenne 2006) dont l’objectif était de comprendre les raisons pour lesquelles les filles sont si peu nombreuses à choisir ces études et professions évoquaient la nécessité d’améliorer leurs conditions de formation. L’enquête présentait les écoles d’ingénieur·e·s comme un environnement potentiellement aliénant pour les filles, et identifiait aussi des cas de sexisme… (...)