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Mediapart
Dans le Lot, la suspension de sages-femmes non vaccinées aggrave la désertification médicale
Article mis en ligne le 14 décembre 2021

Dans ce département d’Occitanie disposant d’une seule maternité, un tiers des sages-femmes libérales sont interdites d’exercice. Alors que le suivi des femmes enceintes repose essentiellement sur elles.

« Nous ne prenons plus de nouvelles patientes pour le moment, nos délais de rendez-vous sont très longs et peuvent nécessiter de consulter d’autres praticiens. » Voilà ce qu’on peut entendre sur le répondeur des sages-femmes de la maison de santé de Figeac, dans le Lot. Depuis le 23 octobre, dans cet établissement, l’effectif s’est réduit de moitié. Elles ne sont plus que deux sages-femmes libérales. Ayant refusé le vaccin contre le Covid-19 (qui leur est imposé depuis le 15 septembre 2021), les deux autres sont privées d’exercice.

« Je ne comprends pas que personne ne se soit dit que ce n’était pas possible au niveau du territoire, analyse amèrement Alice Beuzard, qui se dit marquée par différents scandales médicaux pour justifier son choix de ne pas se faire vacciner. Ce n’était pas possible que j’arrête mon activité avec toutes mes consultations pleines au-delà de trois mois. On aurait pu nous demander d’être testées chaque semaine pour nous permettre de continuer à travailler. »

Ses collègues toujours en activité ont dû renoncer aux visites à domicile, y compris l’accompagnement de jeunes mères à leur retour chez elles après leur accouchement. Un arbitrage indispensable pour honorer leurs consultations au cabinet. D’autant que depuis plusieurs mois, les quatre sages-femmes de la maison de santé de Figeac cherchaient à en recruter une cinquième, pour faire face à l’arrivée constante de patientes.

Le Lot est l’un des six départements de France métropolitaine à ne disposer que d’une seule maternité, après la fermeture de celle de Figeac, justement, en 2009. Celle qui reste se trouve à Cahors, au sud du territoire, tandis que dans le nord, les femmes enceintes doivent rouler au moins une heure pour aller accoucher dans le Cantal, en Corrèze ou en Aveyron. Pour leur suivi jusqu’au terme, elles comptent aussi beaucoup sur les sages-femmes libérales, l’offre hospitalière n’étant pas suffisante. Or, depuis l’obligation vaccinale, sur les 13 installées dans le Lot, quatre ne reçoivent plus de patientes. (...)

Dans le Lot, les sapeurs-pompiers ont mis en place, opportunément, il y a six ans, une veille téléphonique coordonnée, jour et nuit, par quatre sages-femmes, pompières volontaires. Mais cet effectif-là aussi a fondu puisque Véronique Rougerie et une autre de ses consœurs non vaccinée en faisaient partie. La quinquagénaire dit rester perplexe face à l’attitude de l’administration. Victime d’un choc anaphylactique, il y a quelques années, qu’elle attribue à une allergie incompatible avec le vaccin, elle a transmis une attestation de son médecin généraliste à l’Assurance-maladie pour demander une dérogation. Cette attestation n’a pas été prise en compte. (...)

Selon les statistiques, moins de 1 % des accouchements ont lieu de manière inopinée hors des maternités. Mais dans le Lot, les délais de route se sont allongés et les pompiers reconnaissent eux-mêmes devoir intervenir à des moments plus critiques, durant les instants qui précèdent l’accouchement. Quand c’est son tour, Nathalie Charbonnier, l’une des deux volontaires encore en service, ne passe pas une semaine sans recevoir au moins un appel. (...)

Selon les statistiques, moins de 1 % des accouchements ont lieu de manière inopinée hors des maternités. Mais dans le Lot, les délais de route se sont allongés et les pompiers reconnaissent eux-mêmes devoir intervenir à des moments plus critiques, durant les instants qui précèdent l’accouchement. Quand c’est son tour, Nathalie Charbonnier, l’une des deux volontaires encore en service, ne passe pas une semaine sans recevoir au moins un appel. (...)

L’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, qui supervise le bon fonctionnement des établissements de santé, n’exprime aucune inquiétude : elle compte sur la « conviction de ces professionnelles de revenir vers leur métier ».

Pourtant, la question du « désert médical de la maternité » dans cette partie du Lot n’a pas fini de se poser. Début octobre, la maternité de Villefranche-de-Rouergue, dans le département voisin de l’Aveyron, a échappé de peu à une fermeture temporaire, faute de disposer du nombre suffisant de sages-femmes. La solution est notamment venue du renfort de sages-femmes libérales aveyronnaises, mais la situation n’est pas stabilisée pour les mois à venir.

Dès janvier, Véronique Rougerie, l’une des sages-femmes lotoises non vaccinées, est prête à entamer les démarches nécessaires pour faire valoir sa dérogation médicale et retrouver son droit d’exercice. Mais uniquement pour renfiler son habit de pompière volontaire, lassée de toutes les obligations qui lui incombent en tant que sage-femme libérale. Son cabinet, lui, restera fermé.