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Coronavirus : Comment le confinement accroît la charge mentale des femmes
Article mis en ligne le 11 avril 2020

« Le confinement marque la fin d’un mensonge entre moi et moi-même. Avant, je me persuadais que s’il ne faisait rien à la maison, c’était parce que le boulot le fatiguait ou qu’il était rarement là. Maintenant qu’il est au chômage technique et qu’il n’en fait pas une, la vérité m’éclate à la tronche » (...)

La vérité a l’odeur de linge sale par terre, la vision de la vaisselle dans l’évier et le son des cris de l’enfant ne voulant pas se coucher. « Je vais devenir folle à le voir assis sur le fauteuil à ne rien faire pour le foyer. » Souvent le ton monte, la dispute éclate et les reproches fusent. (...)

Selon une enquête Ifop « Ma casa va craquer » parue ce mercredi, 49 % des ménages déclarent plus se disputer au sujet des tâches domestiques qu’avant le confinement. Une hausse significative, qu’on peut expliquer de multiples façons. Premièrement, la fin des excuses faciles. (...)

 L’abandon des privilèges masculins est refusé, et ce sont toujours aux femmes de s’occuper des tâches les plus ingrates et les plus chronophages. »

Pas de surprise mais des réflexions (...)

« Ça montre par exemple que le congé paternité, que beaucoup appelaient de leurs vœux pour améliorer la situation, ne servira à rien sans remise en question des hommes et de leur éducation. Il faut changer les habitudes culturelles, plus que vouloir s’attaquer à des questions de durées et de temps, qui ne sont que de fausses excuses. » (...)

Les enfants à la maison, l’ultime coup

La situation devient d’autant plus explosive et invivable qu’une nouvelle tâche s’est greffée, et pas la plus simple : l’école à la maison. « Comment voulez-vous gérer le télétravail, les tâches domestiques et les deux enfants en une seule journée ? Je fais des nuits de quatre-cinq heures pour avoir le temps de m’occuper de tout. Une fois de plus, c’est à moi de me sacrifier, moi et ma santé » (...)

La tâche éducative semble encore plus mal répartie que les autres (...)

Jadis déconsidéré, le rôle de professeur connaît un retour en grâce du fait du confinement, les parents ayant compris qu’il n’était pas si aisé que ça d’enseigner à leurs enfants (et que leurs gosses étaient en réalité plus dissipés qu’« à haut potentiel »). (...)

« Pourquoi cette reconnaissance soudaine ne s’applique-t-elle pas aussi aux tâches ménagères ?« Il y a cette idée que ce qui se passe dans le foyer ne concerne pas la société. Tant qu’on jugera les tâches ménagères et éducatives des parents économiquement nulles ou gratuites, il n’y aura pas de prise de conscience. »(...)

Se rajoutent ces chiffres de violences conjugales qui explosent, et qui ne pourraient être que la partie émergée d’une réalité bien plus sombre.(...)

« Je conteste de moins en moins, confie Elsa*, femme au foyer de 34 ans. Déjà, je suis épuisée. Ensuite, ça servirait à quoi ? Et puis, quand il lève le ton, j’ai plus peur qu’avant. On est enfermés tous les deux, si ça se passe mal, je ferai quoi ? Du coup, j’ai cessé de commenter la vaisselle qu’il ne fait pas ou l’appartement qu’il salit. Une dispute pourrait être trop coûteuse, je m’occupe de tout en silence. » (...)

Prise de conscience

Mais on constate une évolution dans la perception des femmes de leur propre situation. (...)

Et puisqu’on voit déjà débarquer la horde de « Tous les hommes ne sont pas comme ça », « certains font le ménage », on a quand même déniché un témoignage d’un couple avec un homme participant aux tâches ménagères. Allez, c’est cadeau. Emma*, 27 ans, témoigne dans un enthousiasme gêné : « Il y a une répartition égale des tâches domestiques, il fait la vaisselle, le ménage etc. une fois sur deux. Je me dis que j’ai de la chance. Mais justement, considérer cela comme une chance, c’est une partie du problème. »