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Comment la finance « verte » détruit l’Amazonie
Article mis en ligne le 16 novembre 2014
dernière modification le 12 novembre 2014

Financer des projets peu polluants, investir dans des énergies renouvelables, ne pas contribuer au réchauffement climatique... De plus en plus d’investisseurs recherchent des placements profitables mais respectables. Les obligations « vertes », un nouvel outil financier présenté comme plus écolo, sont là pour les séduire. Mais peut-on vraiment s’y fier ?

L’exemple de GDF Suez, de ses grands projets de barrages en Amazonie, et des critères plus que flous qui entourent ce type d’investissement, montrent que ces financements « responsables » pourraient servir à « tout et n’importe quoi ».

La transition énergétique, tout le monde en parle mais peu la finance. Face à la défaillance des pouvoirs publics, empêtrés dans leurs politiques d’austérité, les regards se tournent vers le « secteur privé » et les marchés financiers. Un nouvel outil financier est en train d’émerger pour donner corps à ces espoirs d’un monde moins pollué : les « obligations vertes » (green bonds ou climate bonds en anglais).

Cette année, l’entreprise énergétique française GDF Suez a battu tous les records en levant 2,5 milliards d’euros grâce à une émission obligataire « verte » [1]. Le principe ? Comme dans le cadre d’une obligation traditionnelle, l’entreprise lève de l’argent auprès des investisseurs, qu’elle devra rembourser à une échéance fixée d’avance, généralement éloignée, ce qui lui permet d’investir sur le long terme. Mais pourquoi ces outils financiers seraient-ils plus « verts » que d’autres ? L’argent collecté est censé servir exclusivement à financer des projets d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique. Le succès a été au rendez-vous pour GDF Suez, puisque son « obligation verte » a attiré trois fois plus d’acheteurs que ce qui était prévu. Près des deux tiers des souscripteurs ainsi séduits étaient des investisseurs éthiques ou « socialement responsables ». Donc soucieux de placer leur argent au service de causes environnementales ou sociales respectables.
Opération de communication

Tout irait-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? L’énergie éolienne ou solaire va t-elle détrôner les centrales à charbon et au gaz de GDF Suez ? Pas pour plusieurs associations écologistes françaises et internationales qui dénoncent une vaste opération de « greenwashing » et ont nominé l’entreprise au prix Pinocchio, un concours ouvert au vote des internautes de la pire multinationale en matière d’environnement. La communauté financière impliquée dans la promotion des obligations vertes craint même que les controverses suscitées par GDF Suez ne pèsent sur le développement futur de leur « produit ».

Que reproche-t-on exactement au géant énergétique français et à son « obligation verte » ? Tout d’abord, l’entreprise continue de développer massivement les énergies fossiles, donc très polluantes. Outre ses activités gazières traditionnelles, elle gère des centrales au charbon – la source d’énergie la plus néfaste pour le climat – partout sur la planète. GDF Suez s’apprête même à en construire de nouvelles, en Afrique du Sud, au Maroc, en Turquie, en Allemagne et ailleurs [2]. Ouvrir une niche d’énergie verte pour mieux soigner son image, attirer des investisseurs « socialement responsables » tout en poursuivant ses investissements massifs dans les énergies très polluantes… Une bonne affaire !

« Si GDF Suez était réellement soucieux de contribuer à la transition énergétique, [elle] mettrait un terme à ses investissements dans les énergies fossiles. En l’état actuel de [ses] projets et de leur mix énergétique, l’émission verte de mai 2014 apparaît moins comme l’outil mis en place par GDF Suez pour lutter contre les changements climatiques que comme une opportunité de lever des financements à des termes plus avantageux », dénoncent les Amis de la terre et Amazon Watch dans une lettre à l’entreprise [3].

Déforestation, émeutes et travail esclave

Mais il y a plus : l’obligation verte de GDF Suez pourrait être utilisée pour financer des projets dans le solaire ou dans l’éolien, mais aussi des grands barrages hydroélectriques. Et pas n’importe lesquels : ceux que l’entreprise construit ou projette d’édifier au beau milieu de l’Amazonie, à commencer par l’un des plus controversés au monde, celui de Jirau. Projet énergétique phare de GDF Suez (auquel l’Observatoire des multinationales a consacré une longue enquête), ce mégabarrage situé sur le rio Madeira en Amazonie brésilienne, non loin de la frontière avec la Bolivie, s’est révélé un véritable désastre environnemental et humain.

Les populations traditionnelles de la région ont vu leurs moyens de subsistance détruits (...)

L’inclusion de grands barrages dans le domaine de la finance « verte » ne va pas de soi. Ces grands projets entraînent souvent des atteintes aux droits humains et des conséquences environnementales et sociales dévastatrices. Malgré son image d’énergie « renouvelable », l’hydroélectricité à très grande échelle occasionne d’importantes émissions de gaz à effet de serre. D’une part, la construction de grands ouvrages au cœur de forêts primaires occasionne, directement ou indirectement, une déforestation plus vaste.

Ensuite, de plus en plus d’études scientifiques démontrent que les retenues des barrages tropicaux sont sources d’émissions de méthane (un gaz à effet de serre nettement plus puissant que le CO2), du fait de la décomposition de la végétation dans l’eau. Autant de raisons qui font que les grands barrages restent le plus souvent exclus du champ des énergies « vertes », même chez des acteurs que l’on peut difficilement soupçonner d’intégrisme écologique comme EDF ou la banque britannique Barclays [5].
Une agence de notation payée par ceux qu’elle note (...)

GDF Suez n’a pas ménagé ses efforts pour justifier son grand barrage amazonien, comme l’avait expliqué l’Observatoire des multinationales dans son enquête. Malgré des années de controverses, malgré la nomination de GDF Suez parmi les « pires multinationales de l’année » en 2010 [9] à cause de son implication dans Jirau, l’entreprise française n’a aucun scrupule à présenter son barrage comme un modèle de développement durable. (...)