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Ces zones où les abeilles n’ont plus le droit d’exister
Article mis en ligne le 23 mai 2014
dernière modification le 16 mai 2014

La mortalité des ruches dans plusieurs vallées des Pyrénées a atteint un seuil catastrophique. C’est le cas de l’exploitation apicole de Jacques Loubet, en Ariège, dont l’avenir est largement compromis. En cause selon lui, l’accumulation des produits chimiques qui crée des « zones de non droit à l’existence des abeilles ». Avec d’autres apiculteurs, il demande à ses voisins éleveurs de réfléchir à la pertinence des traitements antiparasitaires de leurs troupeaux et à leurs alternatives. « J’en ai assez de me taire ! Quand arrêterons-nous le suicide collectif ? »

(...) Les analyses ne donnent aucun résultat, les seuils de détection n’étant pas assez bas ou les molécules incriminées ayant disparu. D’autres collègues subissent le même problème avec plus ou moins de gravité, y compris dans les Pyrénées-Orientales, les Hautes-Pyrénées… et, bizarrement, surtout en zone de montagne dans les vallées proches de l’Espagne. (...)

Le seuil de ma patience est largement dépassé quand j’entends les arguments développés par les pouvoirs publics et relayés sans aucune analyse objective par des médias complices et sournoisement rassurants : le parasite varroa et le prédateur frelon asiatique, souvent mis en avant, n’ont aucune raison d’être actifs en hiver. Pas plus que les maladies classiques qui, si elles en avaient le temps, viendraient opportunément se rajouter à l’intoxication chronique. Sans compter les suspicions d’incompétence ou de négligence insultantes pour notre profession. Trop, c’est trop !

Et ce n’est pas tout ! Compte tenu de l’importance démesurée de ces mortalités d’abeilles, on peut (hélas !) raisonnablement s’attendre dans le futur à un grave problème de santé humaine. Pas spectaculaire, diffus sans doute, mais tellement réel. A tel point que je connais déjà deux éleveurs avec maladie de Parkinson déclarée, et dont eux-mêmes soupçonnent l’origine et surtout la cause. Bientôt on ne pourra plus se cacher derrière des faux fuyants, il faudra bien répondre de nos pratiques dont nous sommes tous collectivement responsables. Finies l’insouciance et la satisfaction de soi : on regrettera l’assurance immédiate que procurait la pléthore de traitements préventifs à tout va, quand on ne pensait pas que ce confort hypothéquerait notre avenir. (...)

Logique égoïste et court-termiste

C’est pourquoi j’en ai assez d’entendre dire que nos voisins espagnols sont moins regardants que nous, et que les flux de sud pourraient généreusement transférer leurs nombreux toxiques sur nos versants pyrénéens. Ils ne sont pas pire que nous : ils sont simplement dans la même logique égoïste à court terme ! En ce qui concerne mon exploitation apicole, son avenir est évidemment très compromis. De toute façon, je me sens économiquement interdit de la poursuivre dans cette région, et surtout je le vis comme une grave privation de liberté. (...)