
Les Terrasses solidaires de Briançon, près de la frontière franco-italienne, ont accueilli 136 migrants dans leurs murs ce dimanche pour seulement 64 places. En plus de l’afflux de migrants subsahariens qui fuient la politique xénophobe tunisienne, les exilés s’éternisent au refuge à cause du prix trop élevé des billets de train vers Paris.
D’après Jean Gaboriau, membre du conseil d’administration des Terrasses solidaires, cet afflux s’explique par le manque de transports au départ de Briançon. Alors que les migrants font traditionnellement une halte de 24 ou 48h au refuge pour se reposer avant de reprendre leur route vers Paris, ils sont actuellement bloqués à cause d’une hausse des prix des billets de train. "Nous avons actuellement une centaine de migrants sur place, on a dû en faire dormir dans la cantine. D’habitude, il y a des billets de train autour de 20 euros, mais là c’est plutôt 100 euros", rapporte Jean Gaboriau. (...)
Comme l’a constaté InfoMigrants sur le site de la SNCF, il est quasiment impossible de trouver des billets à moins de 100 euros pour Paris jusqu’à la fin du mois de juin. Fin 2022, la société avait expliqué qu’elle allait augmenter ses tarifs de 5% pour compenser la hausse du prix de l’énergie. Selon le patron de SNCF voyageurs, les coûts de la société ont augmenté de 13% ces derniers mois. (...)
Le dispositif d’hébergement d’urgence saturé
Dans leur communiqué, les Terrasses solidaires appellent la préfecture des Hautes-Alpes à ouvrir des lieux d’hébergement d’urgence complémentaires pour soulager leur travail. Mais selon le collectif inter-associatif, les deux courriers envoyés les 10 et 19 mai dernier sont restés sans réponse. "La mairie n’a pas non plus proposé de solution", ajoute Jean Gaboriau.
Contactée, la préfecture assure avoir pris connaissance des messages mais explique "qu’il n’est pour l’heure pas envisageable d’ouvrir de nouvelles places en hébergement d’urgence" dans le département et que "le dispositif [de 135 places pérennes] est actuellement saturé". (...)
Le refuge redoute d’être à nouveau contraint de fermer ses portes, comme ce fut le cas en octobre 2021 après un premier afflux de migrants sans précédent. Près de 300 personnes avaient dû dormir dans la gare de Briançon, suscitant la colère du maire LR, Arnaud Murgia qui avait accusé l’association de chantage politique. "On peut toujours imaginer une fermeture, on ne pourra pas héberger davantage de 120-130 personnes, il y a déjà de la tension et on ne sait pas où ça peut mener", se défend Jean Gaboriau.
Depuis plusieurs années, les Terrasses solidaires demandent à l’État de financer son action à défaut d’ouvrir de nouvelles places d’hébergement d’urgence dans le département. Face au refus des autorités, l’association se finance via des dons de particuliers et du mécénat. "À l’évidence, la seule bonne volonté ne suffit pas, écrit-elle dans son communiqué. Nous tirons la sonnette d’alarme pour que l’État mette en œuvre une politique digne et respectueuse des droits des personnes exilées".