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Marie-Claude Saliceti
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le Monde
Brésil : Jair Bolsonaro licencie le directeur de l’institut divulguant les données sur la déforestation
Article mis en ligne le 4 août 2019

Ricardo Galvão était accusé par le président brésilien d’exagérer l’ampleur de la destruction de la forêt amazonienne pour faire le jeu des ONG.

Il avait promis de tenir bon, mais, face à la fureur de Jair Bolsonaro, a fini par plier, quitte à aggraver la tragédie environnementale en cours au Brésil. Vendredi 2 août, à l’issue d’un entretien à Brasilia avec Marcos Pontes, son ministre de tutelle, à la tête des sciences et de la technologie, le directeur de l’Institut national de recherches spatiales (INPE), Ricardo Galvão, a annoncé son départ. « Mon propos sur le président a suscité de l’embarras, je serai donc exonéré de mes fonctions », a-t-il annoncé, évoquant une situation de « perte de confiance ».

Le directeur de l’INPE, institut chargé, notamment, de divulguer les chiffres sur la déforestation amazonienne, était dans le viseur du chef de l’Etat depuis plusieurs semaines. Jair Bolsonaro a peu apprécié que l’organisme fasse état au grand jour de l’ampleur de la destruction de la forêt native brésilienne, divulguant mois après mois des données chaque fois plus effrayantes : 739 km2 de forêt détruits en mai, soit une hausse de 34 % par rapport au même mois l’année passée ou l’équivalent de deux terrains de football rasés chaque minute, puis 920 km2 en juin (+88 %) et encore 1 864 km2 en juillet (+212 %). « Un cauchemar », souffle une source au sein de l’Observatoire du climat, ONG environnementale brésilienne. (...)

Après avoir été tancé par la France et l’Allemagne lors du G20 d’Osaka au Japon, en juin au sujet de l’environnement, le président avait assuré qu’il respecterait l’accord de Paris sur le climat, condition sine qua non de la conclusion d’un accord de libre-échange entre les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et l’Union européenne. (...)

L’INPE offre, avec ses estimations, un démenti cinglant aux promesses présidentielles, en mettant en évidence la négligence, si ce n’est la complaisance, de Jair Bolsonaro envers les criminels de l’environnement. (...)

Après avoir défendu la justesse des analyses de l’INPE, qualifié le chef d’Etat de couard et de belliqueux et juré de ne pas démissionner, Ricardo Galvão a finalement dû céder (...)

« Bolsonaro sait que son gouvernement est le principal responsable de la destruction actuelle de l’Amazonie. Le licenciement du directeur de l’INPE n’est qu’un acte de vengeance à l’encontre de ceux qui montrent la vérité », a insisté Marcio Astrini, coordinateur des politiques publiques chez Greenpeace.
Croisade contre la préservation de l’environnement

N’écoutant que son électorat le plus radical, Jair Bolsonaro confirme avec le départ de M. Galvão sa croisade contre la préservation de l’environnement, au nom, selon lui, du développement économique. Après avoir démantelé les organismes chargés de verbaliser les crimes environnementaux, il a affirmé qu’il comptait ouvrir les terres indigènes d’Amazonie à l’exploitation minière et légaliser l’orpaillage pourtant accusé de polluer les fleuves au mercure. Avec sa ministre de l’agriculture, Tereza Cristina, surnommée la « musa do veneno » (« la muse du pesticide »), il a également validé l’usage massif de pesticides hautement toxiques pour les hommes et les sols tout en modifiant la réglementation sanitaire afin d’afficher une moindre dangerosité.

« L’Amazonie est à nous », a clamé le président à la fin de juillet, ignorant que la planète est en surchauffe et que son pays regorge d’un patrimoine stratégique pour l’avenir du monde. (...)

Jair Bolsonaro imagine que son attitude pourrait faire décoller le pays englué dans une crise sans fin depuis 2015. En réalité, son action pourrait miner l’avenir écologique du pays mais aussi son pouvoir économique, en épuisant ses sols, en stimulant le réchauffement climatique, en aggravant les sécheresses et catastrophes climatiques et en empêchant l’industrie et l’agriculture de se moderniser.