Symbole du délire consumériste, le Black Friday commence ce vendredi 29 novembre. Cette année, les ventes en ligne devraient battre tous les records. Avec des conséquences écologiques désastreuses.
Un événement commercial de quatre jours qui inaugure la période des achats de Noël. Les publicités racoleuses envahissent notre quotidien. La vente en ligne explose. Elle pourrait battre des records, pronostique la Fédération du e-commerce, en atteignant 1,7 milliard d’euros lors de cet événement. Rien qu’à Paris, on attend 2,5 millions de colis distribués par jour. Soit dix fois plus que d’ordinaire.
La capitale risque de se transformer en gigantesque plateforme de livraison à domicile. Avec une nuée de camions entraînant des embouteillages et des pics de pollution. En cause ? Les sites internet qui rivalisent d’offres promotionnelles et de prix cassés (...)
Plusieurs études ont montré le caractère frauduleux de ces annonces qui poussent les consommateurs à des achats compulsifs. Aspect plus méconnu, l’explosion du commerce en ligne (ou e-commerce) a aussi des conséquences environnementales non négligeables. On aurait pu croire, à première vue, l’inverse. Affalé sur son canapé, l’individu qui passe sa commande sur internet dépense bien moins d’énergie que s’il prenait sa voiture. Mais cette immatérialité est un leurre. Derrière la facilité du clic et le culte de la vitesse se cache une lourde chaîne logistique et industrielle qui contribue au réchauffement climatique et pourrait très bien, à terme, rendre la ville invivable. (...)
Des milliers d’intérimaires ont été embauchés pour l’occasion chez Amazon. Comme le révélait Reporterre, la multinationale tisse sa toile partout en France. Quitte à bétonner des terres agricoles. Rien qu’à la périphérie de Paris, elle possède quatre agences de livraison. En septembre, elle a aussi ouvert un centre de tri à Survilliers dans le Val-d’Oise, et en octobre un centre de distribution de 142.000 m² à Brétigny-sur-Orge, en Essonne.
« Ces pratiques de consommation menacent le cœur des villes »
Cette emprise n’est pas sans conséquence : « Elle est source de pollution et de congestion, argue l’adjoint à l’urbanisme de la mairie de Paris, Jean-Louis Missika dans une tribune publiée dans le Monde. La croissance de l’e-commerce entraînera deux fois plus de trafic lié au transport de marchandises en Île-de-France d’ici 2030, déplore-t-il. Tous les efforts pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre seront donc réduits à néant. »
La mairie de Paris craint que la capitale française suive la même voie que New York. « Ce serait un cauchemar », s’alarme l’élu. (...)
Son constat est clair : « Amazon, UberEats et les autres plateformes ont profité de l’absence de régulation de la logistique urbaine pour encourager des pratiques de consommation qui menacent le cœur des villes. » La mairie de Paris a proposé dimanche 24 novembre 2019 la création d’une écoredevance pour appliquer le principe du pollueur-payeur aux sociétés de livraison, Amazon en tête.
La situation pourrait aussi empirer avec la généralisation des livraisons ultrarapides. Elles font augmenter de manière exponentielle les gaz à effet de serre émis par le e-commerce. Les camions partent parfois à moitié vides et les microtrajets se multiplient. (...)
Amazon émet autant de CO2 que la Bolivie (...)
De manière générale, le numérique contribue largement à la catastrophe écologique. Ce secteur émet autant de CO2 que le transport aérien. Le e-commerce y prend sa part. Il pousse à la surconsommation : une véritable « fièvre acheteuse » qui donne l’illusion que le monde se trouve à sa portée, au bout de l’écran tactile. (...)
Avec internet, « des besoins artificiels » apparaissent, nourris par des comportements anti-écolos comme ceux des « serial returners ». Au Royaume-Uni, près de 30 % des acheteurs en ligne commandent plus de produits qu’ils n’en ont besoin, avant de retourner les articles non désirés après essayage.
Les taux de retour des ventes sur internet sont deux à quatre fois plus élevés que dans les magasins physiques. Ce qui accroît les livraisons mais aussi le gaspillage.
En 2018, en France, Amazon a détruit trois millions de produits neufs, majoritairement des invendus ou des articles retournés. Les sites favorisent l’obsolescence programmée en ne respectant pas les obligations de reprise des déchets électroniques ni la garantie légale.
« Le lobby est très agressif, souligne Alma Dufour, salariée des Amis de la Terre. Ils sont reçus dans les hautes sphères de l’État et se vantent de faire annuler tous nos projets de régulation (...)
Néanmoins, partout, la fronde monte. Dans les institutions, mais aussi sur le terrain où des écologistes et des Gilets jaunes multiplient les blocages d’entrepôts Amazon. On en compte plus d’une vingtaine depuis un an. Mais cette pression suffira-t-elle à faire plier la multinationale la plus puissante du monde ?