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Mediapart
Au procès de Vanesa Campos, deux visions de la prostitution s’affrontent
Article mis en ligne le 21 janvier 2022

Le meurtre de la travailleuse du sexe transgenre, dont le procès se déroule jusqu’au 26 janvier, a jeté une lumière crue sur les conditions de travail des prostituées au bois de Boulogne. Mais les associations se divisent sur le sujet.

Vanesa Campos est-elle une « victime collatérale » des lois de « répression de la prostitution » ? Cette question plane au-dessus de la cour d’assises de Paris depuis le début du procès du meurtre de cette travailleuse du sexe transgenre, tuée d’une balle dans le thorax dans la nuit du 16 au 17 août 2018, dans un lieu reculé et dangereux du bois de Boulogne.

Le sujet s’est invité dans le débat dès les premières minutes du procès, mardi 11 janvier, à l’occasion de la demande de constitution de partie civile formulée par Acceptess-T, association de défense des personnes trans, refusée au cours de l’instruction - un statut qui permet de voir son préjudice reconnu.

Pour le représentant du parquet au procès, elle serait « utile pour éclairer la cour sur le contexte d’exercice des prostituées dans le bois de Boulogne, avec la spécificité des travailleuses du sexe “transsexuelles” (sic) ». L’avocate de la famille de Vanesa Campos et de ses ex-collègues va même plus loin : la mort de Vanesa « ne tient en rien du hasard ». (...)

À l’inverse, « il ne faudrait pas que l’on fasse de ce procès celui des prostituées du bois de Boulogne ou de la loi de pénalisation du client de 2016 », rétorque l’avocat d’un des accusés, Me Antoine Aussedat, qui estime que ce débat de société « doit avoir lieu, mais pas ici ». Le tribunal dira d’ici le 27 janvier s’il accepte - ou non – la constitution de partie civile d’Acceptess-T.

Mais cette question des effets de la loi de 2016 n’a cessé de s’inviter dans la salle. (...)

Me Nefati, fait remarquer à un enquêteur que c’est depuis la loi de 2016 que les accusés se sont mis à voler et attaquer les prostituées et leurs clients. Une conséquence, selon lui, du fait que ces derniers ne peuvent plus « porter plainte ». (...)

Depuis plusieurs années, des associations comme Acceptess-T ou le Strass dénoncent les conséquences de la loi, qui avait marqué un changement culturel en abrogeant le délit de racolage et en permettant de verbaliser les clients, sur leurs conditions de travail

Cinq ans après son adoption, si ses partisans saluent « un formidable outil », déplorant toutefois un manque de moyens pour permettre de sortir de la prostitution, ses détracteurs estiment qu’elle a accru la précarité des travailleuses du sexe, contraintes de se cacher pour travailler et victimes de violences de la part des clients. (...)

Les huit hommes qui comparaissent à la cour d’assises de Paris, dont trois pour « meurtre en bande organisée », sont accusés d’avoir appartenu à une bande de voleurs ayant racketté les travailleuses du sexe pendant plusieurs années au bois de Boulogne et d’avoir mené une « expédition punitive ». « C’est aussi ce contexte qui a conduit à la mort de Vanesa Campos », assure Giovanna Rincon.

La tension monte d’un cran lorsque Me Lorraine Questiaux, l’avocate de l’association abolitionniste Le Mouvement du Nid, partie civile au procès, prend la parole. « Je connais très, très bien l’association que vous représentez », l’avertit d’emblée Giovanna Rincon. (...)

Les deux entités s’opposent depuis des années sur deux visions opposées du travail du sexe. D’un côté Acceptess-T, qui prône une approche de promotion de l’accès aux droits, en améliorant leurs conditions de vie, et de l’autre le Mouvement du Nid, qui considère la prostitution comme une violence et estime que l’objectif à terme doit être d’en sortir.

Me Lorraine Questiaux estimait ainsi en février dernier que ce meurtre n’était pas « la faute de la loi, mais du mépris social dont ces personnes font l’objet », « la faute d’une idéologie d’avilissement, de la culture du viol et du patriarcat ». (...)