Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
l’Express
Argentine : un an après l’avortement légalisé, la lente évolution des pratiques
Article mis en ligne le 15 janvier 2022

"Dans certains villages, où tout le monde se connaît, le matin tu vas faire une échographie et l’après-midi ton boulanger te félicite spontanément pour ta grossesse..." : Monik Rodriguez, qui assure une assistance téléphonique aux femmes désirant pratiquer une IVG, ne saurait mieux poser comment, aux confins de la vaste et diverse Argentine (plus de cinq fois la surface de la France, 16 hab/km2), légalité ne veut pas toujours dire légitimité, ou acceptation sociale, de l’avortement.

Et qu’il y a loin de la foule de jeunes citadines de Buenos Aires, célébrant il y a un an une avancée historique après avoir suivi toute la nuit le vote sur la place du Congrès, aux jeunes isolées des provinces, pénalisées par l’opprobre ou l’absence d’aide, et qui parfois doivent voyager loin de chez elles pour obtenir un conseil discret.

 Toujours seules dans la décision -

Dans la province de Salta (nord-ouest), conservatrice, catholique, Monik a pris jusqu’à 125 appels par mois sur sa ligne d’assistance, "où l’on ne conseille pas l’avortement, non, mais on ne romance pas non plus la maternité comme une +bénédiction+".

"Le plus important, c’est l’écoute", explique-t-elle à l’AFP. "Il s’agit de les aider à surmonter les obstacles, les accompagner vers le système de santé pour qu’elles ne se perdent pas dans la bureaucratie. L’avortement est légal, oui, mais bien souvent elles sont seules dans la décision, et ne veulent pas que quiconque sache, parce que leur environnement ne l’accepte toujours pas". (...)

Selon Valeria Isla, directrice de Santé sexuelle et reproductive au ministère de Santé, pas moins de 36 recours légaux ont été déposés depuis un an contre la loi sur l’avortement, 24 d’entre eux déboutés à ce jour.

"Il y a un grand écart d’inégalité dans l’accès à la pratique, entre provinces mais aussi à l’intérieur des provinces", reconnait-elle. "Le défi en 2022 du secteur public est de continuer à développer des équipes (médicales spécialisées) et couvrir les provinces avec le moins de prestataires".

 "Résistances politiques" à la loi - (...)

Pour les réseaux féministes, dont la Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit qui regroupe plus de 300 associations, les prochaines batailles sont d’obtenir la relaxe pour plus de 1.500 femmes encore sous le coup de poursuites pour avoir pratiqué, ou assisté, un avortement parfois fini en drame.

Et plus que tout, obtenir "une diffusion massive" des politiques publiques, de l’information afin "que les femmes connaissent leurs droits, et les outils et moyens à leur disposition" (...)