Photojournaliste, Ali Arkady a passé des semaines, fin 2016, auprès de soldats irakiens engagés dans la bataille de Mossoul. Il s’est rapproché d’eux, est devenu leur confident. Au point d’assister à leurs exactions. Au point, avoue-t-il, d’y participer. Menacé de mort, il s’est enfui avec sa famille dans un pays tenu secret, où nous avons pu le rencontrer. Alors que ses images, enfin publiées, révèlent aux yeux du monde de véritables crimes de guerre, “Télérama” retrace le destin de ce journaliste qui en a trop vu à Mossoul.
Mercredi 4 janvier 2017, aéroport de Doha, Qatar. Assis dans l’avion prêt à décoller, Ali respire profondément, les yeux fermés. Il pense : « Je suis en vie. J’ai mes images. Maintenant, le plus dur commence. » Ali Arkady (1), 34 ans, est en train de fuir son pays, l’Irak. Photographe pour l’agence internationale VII Photo, il vient de passer plusieurs semaines aux côtés de soldats irakiens participant à la reconquête de Mossoul. Leur division, baptisée ERD (Emergency Response Division, « Division de réaction rapide »), dépend du ministère irakien de l’Intérieur.
Parti pour rendre compte d’un « courageux et remarquable travail dans la lutte contre Daech », Ali Arkady s’est retrouvé au milieu d’un déchaînement de violence contre des civils. Actes de torture, exécutions sommaires : des crimes violant la quatrième convention de Genève de 1949 sur la protection des civils en temps de guerre, pourtant signée par l’Irak en 1956. Des crimes parfaitement assumés par leurs auteurs, qui ont laissé Ali les photographier et les filmer…
Cinq mois plus tard, alors que, à Mossoul, les forces irakiennes continuent de progresser contre Daech avec le soutien des Etats-Unis et de la coalition internationale, ces preuves accablantes viennent d’être rendues publiques s sur la chaîne américaine ABC, et dans le quotidien canadien Toronto Star. Une vérité effroyable sur ce conflit, que tout le monde doit connaître ; mais aussi un fardeau pour Ali Arkady, condamné depuis des mois aux menaces, à la peur et à la clandestinité. Et hanté, aujourd’hui, par les souvenirs de ces semaines passées à vivre, jour et nuit, auprès de tortionnaires qui l’ont accueilli comme l’un des leurs… (...)