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Mediapart
Affaire Laurent Bigorgne : une enquête judiciaire expédiée. la victime dépose plainte contre le directeur de la police judiciaire et la procureure de Paris
Article mis en ligne le 10 mars 2022

L’ex-directeur de l’Institut Montaigne et soutien historique d’Emmanuel Macron sera jugé jeudi à Paris pour avoir administré de l’ecstasy à l’une de ses employées. Au cours de sa garde à vue, il a reconnu les faits et admis avoir déjà drogué sa compagne à son insu, selon des informations de Mediapart. L’enquête, express, laisse en suspens de nombreuses questions.

Une enquête de moins de 90 heures. Peu de témoins entendus. Un mobile sexuel écarté par le parquet de Paris sur la seule base des déclarations du prévenu. Les investigations menées entre la soirée du mardi 22 février, durant laquelle Laurent Bigorgne, 47 ans, a plongé trois cristaux de MDMA (ecstasy) dans la coupe de champagne de Sophie Conrad, l’une de ses employées âgée de 40 ans, et son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris à l’issue de sa garde à vue samedi 26 février, interrogent.

Jeudi, l’ancien directeur de l’influent Institut Montaigne, qui se décrivait en 2016 comme l’un des « proches amis » du président de la République, comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Paris pour « administration de substance nuisible suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours », alors qu’il était lui-même « sous l’emprise de stupéfiants » : il avait consommé de la cocaïne avant les faits.

Placé sous contrôle judiciaire avec obligation de soins et interdiction de contact avec la victime, il a démissionné de ses fonctions de directeur de ce think tank libéral le lundi 28 février.

Face aux enquêteurs de la PJ parisienne, l’ex-directeur adjoint de Sciences Po Paris, qui fut l’un des architectes de la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, a reconnu avoir administré à l’une de ses collaboratrices de la MDMA, réputée pour ses effets désinhibiteurs, tout en réfutant l’avoir fait à des fins sexuelles. (...)

Ce proche du président de la République – Mediapart avait révélé que le site Internet d’En marche ! était hébergé par la compagne de Laurent Bigorgne – connaissait sa victime de très longue date. Il avait épousé sa sœur il y a plus de 25 ans, avant de divorcer une dizaine d’années plus tard.

Lors de son audition, il a décrit une « relation d’une grande complicité », « comme celle d’un grand frère et d’une petite sœur », selon des éléments de l’enquête judiciaire consultés par Mediapart.

Des SMS évoquant « sex-toys » et « escort boy »

Sophie Conrad avait été embauchée à la fin de l’été 2020 comme responsable du pôle « politiques publiques » de l’Institut Montaigne, think tank très proche de l’exécutif financé par une kyrielle d’entreprises du CAC 40, après un parcours de recrutement classique. Elle a relaté à Mediapart avoir repris contact avec Laurent Bigorgne quelques mois auparavant, et que ce dernier avait jugé son profil « intéressant ».

Après son arrivée à l’Institut Montaigne se tisse peu à peu une relation qu’elle qualifie aujourd’hui de « piège » : « J’estimais à l’époque que cette relation était ambiguë, floue, gênante, mais je la pensais sous contrôle, alors qu’en fait pas du tout », analyse-t-elle.

Elle évoque notamment une première « alerte », dont elle avait fait part à sa supérieure, directrice adjointe de l’institut, en rentrant d’un déplacement professionnel à Marseille en septembre 2021. (...)

Jeudi matin, au tribunal, la défense de Sophie Conrad demandera l’ouverture d’une information judiciaire, afin que l’enquête soit rouverte sous la houlette d’un juge d’instruction.

Sophie Conrad, qui accuse l’ex-directeur de l’institut Montaigne de l’avoir droguée à son insu, estime que ces deux personnes sont intervenues pendant la garde à vue de Laurent Bigorgne pour minimiser les poursuites à son encontre.