Les courbes épidémiques descendent puis montent. L’hôpital, sans illusions, remobilise ses soignants. Les congés sont annulés, comme les stages des étudiants, envoyés sur le front du dépistage. À Lyon, les soignants positifs au coronavirus doivent travailler s’ils sont jugés « indispensables ». (...)
Le ministre de la santé a adressé aux soignants, « le soutien de la nation entière » lors de sa conférence hebdomadaire, jeudi 8 octobre. Faute d’avoir su maîtriser l’épidémie cet été, le gouvernement s’en remet à nouveau au monde hospitalier. Celui-ci a déjà entre ses mains le sort de 8 231 malades graves du Covid-19 actuellement hospitalisés, dont 1 483 en réanimation.
À nouveau, le système de santé va donner le tempo du pays pour les semaines et les mois à venir : s’il est débordé par le virus, alors le gouvernement devra décider de « nouveaux reconfinements locaux », a prévenu le premier ministre Jean Castex, ce lundi matin sur France Info.
Les derniers chiffres de l’épidémie ne sont pas encourageants. Après une légère baisse la semaine dernière, le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de cas pour 100 000 habitants, repart en flèche
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Le directeur de l’agence régionale de santé d’Île-de-France, Aurélien Rousseau, a annoncé ces derniers jours que les malades du Covid-19 occupaient déjà plus de 40 % des places en réanimation dans la région, qui regroupe pourtant la plus grande offre hospitalière. Faute de places pour les autres malades, des opérations sont donc déprogrammées. « Ce sont des soins empêchés », déplore Rémi Salomon.
Et le personnel de l’hôpital est d’ores et déjà remobilisé.
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Ces menaces de suppressions de congés visent des personnels épuisés. L’Ordre national infirmier a consulté début octobre ses 350 000 membres, et obtenu près de 60 000 réponses. Plus d’un tiers des infirmiers salariés travaillent en effectifs réduits. Deux tiers déclarent que leurs conditions de travail se sont encore détériorées depuis le début de la crise. 43 % des infirmiers ont le sentiment de ne pas être « mieux préparés collectivement pour répondre à une nouvelle vague de contaminations ». 57 % se déclarent en situation « d’épuisement professionnel ».
Le président de la République n’a manifestement pas mesuré ce niveau de fatigue. « Ce n’est pas qu’une question de moyens, c’est une question d’organisation », a-t-il osé leur déclarer le 6 octobre, en visite dans un hôpital parisien.
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Le ressentiment est grand parmi les internes, car ils n’ont obtenu que de faibles revalorisations du Ségur de la Santé (notre article ici). En milieu de carrière, les internes sont payés 1 800 euros net par mois. « Rapporté à notre temps de travail, de 56 heures en moyenne, et qui dépasse parfois plus de 70 heures, c’est toujours moins que le Smic horaire », explique Justin Breysse, président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI). « À 30 balais, après douze ans d’étude, merci… lâche Lucas. On n’est pas du tout motivés. On va encaisser, comme d’habitude. Mais la période est détestable. » Il constate que de nombreux jeunes médecins quittent, dès qu’ils le peuvent, l’hôpital public. (...)
« Les Français ne peuvent pas seulement compter sur l’abnégation des soignants, prévient le professeur Rémi Salomon. Je ne suis pas sûr qu’ils aient conscience de la situation. Cette crise sanitaire frappe un hôpital qui ne va pas bien, depuis longtemps. On a du mauvais temps devant nous, pour des semaines, des mois. Le risque, c’est que les soignants partent, en masse. Le risque, c’est que l’hôpital s’effondre. »