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140 députés font la police du féminisme
Article mis en ligne le 10 octobre 2014

Ils disent non à l’usage du féminin pour les plus hautes fonctions dans un « ultimatum » publié par le Figaro. Et jugent « totalitaire » qu’une présidente exige le respect.

Ce qu’il y a d’extraordinaire avec les contempteurs de l’égalité hommes-femmes, c’est cet acharnement à reprocher aux autres ce qu’ils font eux-mêmes.

Résumé des faits : lundi 6 octobre, lors de l’examen du projet de loi sur la transition énergétique, le député UMP du Vaucluse Julien Aubert a refusé obstinément d’appeler la présidente de séance Sandrine Mazetier « madame la présidente », préférant « madame le président ». Face à ses provocations répétées la présidente a demandé une inscription sur procès verbal, ce qui implique une sanction financière, une retenue d’un quart de mois d’indemnité parlementaire, soit 1378 euros (Voir : "Madame le président", ça ne passe pas).

Ultimatum

Ce vendredi 10 octobre, ses amis députés volent à son secours et publient dans Le Figaro une tribune aux accents guerriers dont on a du mal à croire qu’il ne s’agit pas d’un canular. Le titre : « ‘Madame le président’ : l’ultimatum de 140 députés de l’opposition à Claude Bartolone ».

« Ultimatum » ? En général un ultimatum précède une déclaration de guerre si certaines conditions ne sont pas remplies. Condition ici ? Retirer la sanction. Mais quelle est la menace de guerre ? « En couvrant et en approuvant cette décision inique, vous avez, monsieur le président, pris le risque de détériorer profondément les relations entre les membres de notre Assemblée », écrivent les députés qui doivent considérer que les relations sont aujourd’hui pleines de courtoisie et de respect, surtout à l’endroit des femmes députées…

Mais qu’est-ce qui justifie donc cette union soudaine de parlementaires UMP, d’ordinaire enclins à rivaliser entre eux ? La République est-elle en danger ?

Le langage trace les frontières entre ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas

Un rappel à nos vaillants députés UMP : l’ancien chef de l’Etat, ancien (et futur ?) patron de l’UMP, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à donner, à plusieurs reprises, du "Madame la Présidente", et pas seulement à des femmes de président.
Par exemple A l’Argentine Cristina Kirchner ; à Dalia Itzik, présidente de la Knesset, en 2008 ; à Doris Leuthard, présidente de la Confédération suisse, au Sommet de la francophonie en 2010... et on en passe.

Selon les députés, l’affaire a « couvert de ridicule cette institution essentielle qu’est la présidence de l’Assemblée ». Ridicule d’appeler une femme présidente de séance « Madame la présidente » ? N’est-ce pas plus ridicule de l’appeler « Madame le président ? » ou de considérer que « la présidente » désigne « la femme du président » ? Une idée que défendent les députés avant de se livrer aux habituelles circonlocutions sur le neutre justifiant l’emploi du masculin pour les plus hautes fonctions, mais pas pour les moins hautes.

Ces députés outrés ne voient pas que le langage trace les frontières de ce qui est légitime et de ce qui ne l’est pas. On féminise sans problème ouvrière ou chômeuse, ou encore assistante bien sûr. Pourquoi pas présidente ? Ils ignorent les circulaires sur la féminisation des noms de métier (...)