
Dans un discours prononcé à Accra (Ghana) en août 1960, Frantz Fanon révélait la véritable nature de la guerre en cours en Algérie. Ce document, que l’on croyait perdu, vient de ressurgir des archives des services du contre-espionnage français, de la diplomatie italienne, et du sociologue et militant Immanuel Wallerstein.
Accra 1960 : quand Frantz Fanon galvanisait la jeunesse du tiers-monde
Accra, 17 août 1960. Dans une salle de l’université de la capitale ghanéenne, plusieurs centaines de jeunes venus des quatre coins de la planète se réunissent pour écouter un invité d’exception : Frantz Fanon. Le cadre est celui du 8e conseil de la World Assembly of Youth (WAY), l’une des principales organisations de jeunesse actives durant la guerre froide. Créée en 1949 pour contrer la montée en puissance de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD), d’orientation communiste, la WAY s’était jusqu’alors surtout attachée à dénoncer les violations des droits humains dans les pays situés au-delà du rideau de fer.
Mais en 1960, à Accra, l’atmosphère avait profondément changé. Sous l’impulsion des délégués provenant de ce qu’on appelait alors le tiers-monde, l’organisation déplace son regard vers le Sud. Désormais, c’est la dénonciation des brutalités coloniales commises dans les empires européens à l’agonie qui occupe le cœur de ses travaux.
Construction de sociétés justes et souveraines dans les nouveaux États indépendants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, lutte contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, contre les ingérences néocoloniales au Congo et, surtout, indépendance pour l’Algérie : tel est l’agenda qui s’impose à l’aube des années soixante. (...)
Le discours oublié de Frantz Fanon ressurgit des archives
Retrouvé d’abord dans les archives des services secrets français, puis dans celles de la diplomatie italienne à Rome, et enfin parmi les papiers personnels du sociologue et ancien militant de la WAY Immanuel Wallerstein, à New York, ce texte apparaît comme un témoignage d’une force exceptionnelle de la pensée et de l’action de Fanon, alors représentant du FLN sur le continent africain.
Au fil de son discours, Fanon égrène les thèmes majeurs de son engagement politique, dans le style aphoristique et au rythme martelé qui caractérisent son élocution. Dès l’ouverture, il renverse le célèbre adage selon lequel « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » : pour lui, la guerre coloniale n’est rien d’autre que l’aboutissement de la violence coloniale ordinaire, de son exercice systématique de déshumanisation.
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