Des rues sans lumière, des bâtiments éteints à 19 heures, des habitants obligés de rationner l’électricité... Le Kirghizstan fait face à sa plus sévère crise énergétique. En cause : la fonte des glaciers, qui peinent à alimenter une centrale hydroélectrique dont dépend le pays. (...)
Une nouvelle normalité à laquelle doit s’habituer ce pays d’Asie centrale, qui vit l’une des plus sévères crises énergétiques de son histoire. La cause principale : la raréfaction de l’eau, dans un pays qui n’a guère que l’hydroélectricité des glaciers pour s’alimenter en courant.
La situation est telle que, le 9 novembre, le président Sadyr Japarov a appelé ses 7 millions de compatriotes à « utiliser l’électricité avec parcimonie », et annoncé des mesures drastiques d’économie d’énergie. (...)
Les habitants de la capitale rencontrés par Reporterre ont affirmé que l’hiver exceptionnellement doux cette année a permis de ne pas brutalement aggraver les coupures d’électricité. La douceur relative du climat ne masque cependant pas complètement les conséquences du déficit énergétique grandissant au Kirghizstan, dont la production nationale d’électricité est insuffisante pour couvrir les besoins du pays. [1]
La pénurie d’énergie génère sa propre odeur : celle du charbon. Elle enveloppe chaque hiver toute la capitale, et crée un épais nuage de particules toxiques, le « smog ». (...)
Faute de disposer d’infrastructures gazières, le Kirghizstan repose massivement sur le charbon pour chauffer ses immeubles. À la vieille centrale thermique du centre-ville s’ajoutent des milliers de poêles individuels qui tournent à plein régime dans les banlieues. (...)
La capitale occupe ainsi la troisième place des villes les plus polluées au monde. (...)
Conséquence de la fonte des glaciers (...)
depuis l’URSS, le Kirghizstan, comme son voisin le Tadjikistan, sont les pourvoyeurs en eau de toute l’Asie centrale, afin d’irriguer les cultures de coton, de riz et de céréales au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan. Un accord intergouvernemental oblige encore aujourd’hui Bichkek à fournir plusieurs milliards de m3 d’eau chaque année à ses voisins. Et cet automne, un nouvel accord a été signé, obligeant le Kirghizstan à économiser l’eau de Toktogul afin de garantir l’irrigation en 2026, en échange d’une aide en électricité kazakhe (surtout due au charbon) et ouzbèke (notamment grâce au gaz) pour passer l’hiver.
Mais la crise ne tient pas qu’au climat ni aux accords régionaux de partage d’eau. « La consommation d’électricité reste très peu régulée, explique l’économiste Rahat Sabyrbekov. Au Kirghizstan, il n’y a pas d’exigence énergétique. Les règles d’efficacité pour le logement ne sont qu’à leurs débuts et clairement insuffisantes. » (...)
« Tous les modèles climatiques en Asie centrale indiquent que d’ici 2050, il ne restera pratiquement plus de glaciers, dit Rahat Sabyrbekov. Cela affecte les débits, et donc la production hydroélectrique. »
L’incertitude plane, et le boom immobilier dans le pays n’arrangera pas la situation. (...)