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Afrique XXI
Des villes nouvelles au service du technocapitalisme
#Afrique #smartCity #technocapitalisme
Article mis en ligne le 18 janvier 2026
dernière modification le 15 janvier 2026

Ne dites plus « Malabo » pour parler de la Guinée équatoriale, mais « Ciudad de la Paz » : deux buildings, des villas, des hôtels, de larges avenues… Quinze ans après le lancement de ce projet pharaonique, un décret présidentiel publié en janvier a officiellement changé la capitale de ce pays pétrolier d’Afrique centrale d’à peine 1 million d’habitants. Construite en plein milieu de la jungle, dans le centre de la Guinée, Cuidad de la Paz doit accueillir les principales institutions d’ici à un an, bien que les habitations flambant neuves soient encore largement vides.

En Afrique, les projets de nouvelles villes pullulent depuis une vingtaine d’années : Sierra Leone (le projet Sherbro de l’acteur britannico-sierra-léonais Idris Elba), Bénin, Nigeria, Kenya, Égypte, Rwanda, Ouganda, Sénégal (dont le projet du chanteur sénégalo-états-unien Akon), Maroc... Selon le Daily News Egypt, cité par Courrier international, sur tout le continent africain, « promoteurs immobiliers et gouvernements ont mis la main sur plus de 2 milliards de mètres carrés de terrains pour construire de “nouvelles villes” ».

Toutes sont vendues comme la solution miracle au désengorgement des grandes villes et, surtout, comme des modèles en termes d’impact environnemental et d’utilisation des nouvelles technologies. Toutes se positionnent comme de futurs centres d’affaires (buildings, centres de conférences, hôtels…) à destination d’investisseurs potentiels. Toutes apporteraient emplois et bien-être aux citoyens. Mais toutes, surtout, sont éloignées des attentes des populations et des enjeux climatiques – bétonisation à outrance, absence de verdure, climatisation à gogo…

De sa conception à sa construction, la « smart city », dont le coût se chiffre en plusieurs milliards de dollars, va d’abord enrichir des cabinets et des compagnies privées étrangères. La « ville intelligente » est un concept « technocapitaliste », vendu à travers une campagne de communication qui manie des éléments de langage à la mode tels que « ville connectée » ou « ville écologique ».

Ces cités, quand elles sortent réellement des cartons, sont construites sans concertation avec les populations locales, conduisent le plus souvent à des expropriations violentes et risquent à terme, faute de moyens ou en cas de crise, de devenir des éléphants blancs (...)

Ces villes nouvelles sont à l’image de la « sape du béton » décrite dans nos colonnes par le chercheur Patrick Belinga Ondoua à propos de nouveaux quartiers périphériques aux capitales congolaises Brazzaville et Kinshasa : beaux de l’extérieur, mais moisis à l’intérieur ou inachevés. L’accès aux logements de ces « villes vitrines » est inabordable pour la grande majorité de la population (...)

L’objectif des opérateurs n’est pas, et n’a jamais été, de construire des villes pour le bien-être des populations. Leur objectif est avant tout de construire des pôles de consommation de leurs technologies et des centres d’extraction de données afin de générer des profits maximums pour rentabiliser leur investissement sur une durée minimum. (...)

« La smart city, tout comme l’open data, encourage l’ouverture des données publiques dans l’objectif de les transformer en services monétisables, que ce soit dans les domaines du transport, des loisirs, de la santé, de la mise en relation entre les personnes…, précisait dès 2015 l’écrivain et philosophe français Éric Sadin. Pour l’auteur de La Silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique (L’Échappée, 2016), la « ville intelligente » « emblématise la marchandisation de toutes les dimensions de l’existence actuellement à l’œuvre, sans qu’aucun débat public sur ses enjeux ne se tienne, portant par exemple sur les types de données qui vaudraient la peine d’être ouvertes ou sur d’autres types d’usages qui pourraient en être faits ». (...)