Comment le sucre en est venu à représenter une menace imminente pour nos paysages, nos sociétés et notre santé.
Il n’y a, semble-t-il, aucun autre produit qui mobilise autant de terres à la surface du globe avec si peu d’avantages pour l’humanité : il s’agit du sucre. Selon les derniers chiffres connus, le sucre de canne constitue la troisième récolte mondiale la plus rentable après les céréales et le riz, elle occupe 26.942.686 hectares de terrain de notre planète. Son principal bilan, compte non tenu des profits commerciaux : une crise mondiale de santé publique qui a mis des siècles à se constituer.
L’épidémie d’obésité –avec le cortège de maladies qui l’accompagnent, dont le cancer, les démences, les maladies cardiaques, le diabète– a envahi chaque pays où les glucides à base de sucre ont fini par dominer toute l’économie de l’alimentation.
Ainsi, à l’heure d’aujourd’hui, il est utile de se projeter en arrière et de se pencher sur l’histoire ancienne du sucre pour comprendre comment il s’est développé au point de représenter une menace imminente pour nos paysages, nos sociétés et notre santé.
Retour en arrière (...)
L’histoire du sucre et celle du tabac se ressemblent de bien des façons. L’un et l’autre ont été produits par le travail d’esclaves ; ils ont, à l’origine, été décrétés bons pour la santé. Et même si le sucre et le tabac ont des origines anciennes, ce fut leur soudaine consommation de masse depuis le milieu du XVIIe siècle qui a engendré les risques sanitaires auxquels nous les associons aujourd’hui.
L’idée d’« épidémie industrielle » de maladies non contagieuses, due à la course au profit des grandes compagnies, se vérifie à la fois pour le tabac et pour le sucre. Tandis que le tabac est largement reconnu comme une substance addictive, le sucre peut également entraîner des réponses comportementales, indissociable de l’addiction.
Mais, au XXIe siècle, son emprise est plus forte que d’autres fléaux comme le tabac ou même l’alcool. Le sucre n’est pas seulement répandu partout –il est potentiellement responsable d’à peu près 20% du contenu calorique de l’alimentation moderne– mais il occupe aussi une place centrale dans l’économie universelle et dans notre héritage culturel. (...)