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orient XXI
L’économie égyptienne dans la tourmente de la libéralisation
Article mis en ligne le 23 octobre 2017

Dix mois après le passage à la convertibilité totale de la livre égyptienne, l’inflation reste supérieure à 30 % par an. Le FMI et les autorités s’en accommodent, mais la population, qui subit de plein fouet les fortes hausses de prix et les conséquences de la dévaluation de la monnaie est loin de partager leur optimisme.

Fin septembre 2017, l’Égypte a passé avec succès, mais avec près de six mois de retard, la première revue de son ambitieux programme de stabilisation lancé avec et grâce au Fonds monétaire international (FMI) le 3 novembre 20161. « C’est un bon départ », a commenté son conseil d’administration. Le nouveau patron de son équipe « Égypte », l’Indien Subir Lall, a énuméré depuis Washington les succès : la fin des pénuries de devises grâce à l’établissement d’un nouveau système de change qui laisse la valeur de la livre égyptienne fixée par l’offre et la demande, en l’absence (en principe) de toute intervention des autorités, que ce soit la banque centrale d’Égypte ou le ministère des finances ; l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) — un impôt à grand rendement — a renforcé les finances publiques. Les recettes ont augmenté de 31,8 % en 2016-2017, soit 8 % de plus que prévu par la loi de finances. Enfin, les tarifs des carburants et plus généralement de l’énergie ont fortement augmenté en juillet dernier. La mesure la plus importante est évidemment la convertibilité totale de la livre. (...)

Ce satisfecit a permis à l’Égypte de recevoir un second versement de 1,25 milliard de dollars (1,06 milliard d’euros) après celui de 2,75 milliards (2,33 milliards d’euros) perçus en novembre 2016 sur une enveloppe attendue de 12 milliards de dollars (10,20 milliards d’euros) sur trois ans, dont 4 milliards en 2017. Une deuxième revue aura lieu en décembre 2017 avec à la clé, si elle est positive, un nouveau versement équivalent.

Pourtant, deux critères de performances importants (performance criteria, PC) n’ont pas été atteints par les autorités égyptiennes : le déficit budgétaire « primaire », c’est-à-dire non compris le paiement des intérêts sur la dette publique, n’a pas été ramené à 1 % du PIB mais en réalité à près du double (1,8 %). Cependant, à 63 milliards de livres égyptiennes (3 milliards d’euros), c’est le plus modeste depuis plusieurs années. Les subventions publiques à l’énergie n’ont pas baissé comme prévu, au contraire. (...)

DÉGRINGOLADE DE LA LIVRE ET ENVOLÉE DES PRIX

Les citoyens ont moins de raisons d’être optimiste. Ce qu’il ont ressenti depuis l’automne 2016, c’est d’abord une hausse des prix proprement insupportable : + 30 % en rythme annuel jusqu’en juillet, dernier chiffre connu. Tous les produits et services ont été touchés et, contrairement aux prévisions du FMI qui espérait un sérieux ralentissement des prix au second trimestre (mai-juillet), l’amélioration se fait attendre.

À l’origine de cette forte inflation, il y a, bien sûr, d’abord la dépréciation de moitié de la livre égyptienne passée de 8-9 livres pour un dollar à plus de 18 livres (20,77 euros) après la « libération » du marché des changes qui a renchéri tous les produits importés dans des proportions inégalées. (...)

UN CERCLE VICIEUX

Salariés, veuves, orphelins, retraités, bénéficiaires de subventions alimentaires ont eu moins de chance : Karama et Takaful, les deux programmes mis en place en 2015 avec beaucoup de pompe et de propagande, ne touchent que 1,7 million de familles, tandis qu’existent 69 millions de cartes de rationnement (2,8 dollars, soit 2,38 euros) pour 104,2 millions d’habitants selon un récent recensement. On espère réduire le coût dans le budget des subventions de près de 1 % du PIB. Quant aux fonctionnaires et employés du secteur public, leurs traitements n’ont pas suivi l’inflation, avec des hausses comprises entre 7 et 10 %, et c’est sur le sacrifice de leur pouvoir d’achat que l’on compte pour économiser 1 % du PIB dans l’actuel budget.

Certains économistes égyptiens s’interrogent sur le bien-fondé de la médecine choisie par le Fonds monétaire international et le gouvernement Sissi : la demande globale serait moins à incriminer que la hausse des coûts de production dans la responsabilité de l’inflation record dont souffre l’Égypte. (...)

Les autorités cherchent à rassurer l’opinion en promettant qu’il n’y aura pas de « second cycle » de hausse des prix, cependant le risque existe qu’un véritable cercle vicieux se mette en place entre les prix et les subventions, la hausse des uns entraînant celle des autres et repoussant toujours plus loin le retour à un déficit budgétaire tolérable et à une économie moins inhumaine.