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"Je suis passée tout près de la mort" : après le traumatisme de la réanimation, la longue reconstruction psychologique des patients Covid-19
Article mis en ligne le 3 août 2020

Des semaines, parfois des mois après leur passage en réanimation, des patients atteints du Covid-19 souffrent encore d’un mal-être psychologique lié au choc de la maladie. La prise en charge, organisée le temps de la réadaptation, reste incomplète à leur retour à domicile.

de nombreux malades ayant survécu à la maladie après un séjour en réanimation en portent les traces physiques et psychiques. Ces séquelles sont "une menace réelle, dont l’importance reste mal évaluée", de l’avis de l’Académie nationale de médecine (fichier PDF). Ces patients, toujours dans "une longue convalescence", "sont intensément marqués", alerte-t-elle. "En plus de la récupération fonctionnelle des organes atteints, ils ont besoin d’un soutien psychologique".

Pour les soignants interrogés par franceinfo, ce soutien doit être engagé dès la sortie de réanimation. Dans les services de rééducation, de soins de suite et de réadaptation, où les complications physiques de la réanimation sont prises en charge, des psychologues sont aussi présents. "La plupart des patients ici sont tombés malades dans les tous premiers jours de l’épidémie, ils n’ont donc pas réalisé son ampleur", présente Marylène Jousse, spécialiste en médecine physique et réadaptation à l’hôpital Fernand-Widal. "C’est extrêmement dur quand ils l’apprennent au réveil. Ils se rendent compte qu’ils sont passés à un cheveu de la mort." (...)

Amaigri et affaibli, Philippe Cottereau souffre aussi d’importants trous de mémoire. Le souvenir de son réveil du coma, où il s’est vu "branché de partout, un cathéter dans le cou" dans "un endroit assez noir", est pourtant vif. "Vous êtes seul, vous ne pouvez plus bouger, vous ne savez pas où vous êtes", relate le patient. "J’étais angoissé, perdu."

Après un passage en unité de soins intensifs, 50 à 70% des patients développent un "syndrome post-réanimation", rappelle l’Observatoire régional de la santé (ORS) de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ces symptômes sont "évocateurs de troubles de stress post-traumatique" : cauchemars et flash-back fréquents, "émotions négatives" et troubles de l’humeur, sans compter les "symptômes d’anxiété".

"Un travail psychologique de l’urgence" est indispensable, résume Marion Saulnier, psychologue clinicienne. En soins de suite et de réadaptation du Groupement hospitalier intercommunal du Vexin, à Aincourt (Val-d’Oise), la professionnelle a pris en charge des patients dès leur arrivée de réanimation. "Ils avaient vraiment besoin qu’on puisse leur replacer des repères, leur dire : vous allez remarcher, reparler, remanger, et repartir chez vous." Une "majorité" de ses patients "ont développé des symptômes liés au traumatisme de la réanimation". "Il fallait être assez rapide et efficace."

Leur dernier souvenir, c’est quelqu’un qui dit : ’on va vous intuber, on va vous transférer en réanimation’. Et la violence des actes médicaux, le fait d’être tourné, retourné, intubé, crée le traumatisme.Marion Saulnier, psychologueà franceinfo

Des "symptômes de confusion et de sidération" sont apparus chez ces malades, ainsi qu’une grande difficulté "à prendre conscience de ce qui leur était arrivé". (...)

Les rescapés partagent la même incompréhension. Les patients de Marisa Denos se demandent comment et pourquoi une telle épreuve est arrivée, si les séquelles vont rester, si le virus va revenir. "L’anxiété est d’autant plus forte que l’on parle d’un traumatisme collectif, à une échelle immense", poursuit Marilyne Baranes. Cette docteure en psychologie clinique et psychopathologie, spécialiste du stress post-traumatique, suit cinq patients post-réanimation, âgés de 28 à 40 ans. "D’habitude, des patients sortis de réanimation ont, plus ou moins rapidement, le sentiment d’avoir échappé à la mort, d’être tiré d’affaire. Là, les gens ne comprennent pas pourquoi cette maladie a fait tant de dégâts, pourquoi on n’a pas prévenu les gens plus tôt. Et avec la possibilité d’une deuxième vague, ils sont pétris de peur."

L’angoisse est d’autant plus forte pour des jeunes qui n’avaient jamais connu l’hôpital. (...)

Avec le travail d’écoute de leur souffrance, une majorité des patients en soins de suite à la Pitié-Salpêtrière "allaient mieux" à leur sortie, remarque Marisa Denos. Marion Saulnier a pris soin d’appeler ses patients pendant environ un mois après leur sortie. Et ensuite ? Si des infirmières à domicile sont présentes au début "pour vérifier l’état physique et psychologique des patients", aucune autre prise en charge psychologique n’est prévue. "C’est ce qui a beaucoup manqué", regrette la psychologue. Elle et ses confrères ont tenté d’aider "en leur donnant des adresses", à l’instar d’Aurélien Freyburger, psychologue au centre de rééducation de Mulhouse (Haut-Rhin). Dans cet établissement, un patient sur deux a bénéficié d’un soutien psy à son arrivée. A leur sortie, "soit il s’agit du libéral, et ce n’est donc pas pris en charge, soit ce sont des centres médico-psychologiques, où il y a énormément d’attente". (...)

En Ile-de-France, les patients qui n’ont pas les moyens financiers d’entamer une psychothérapie peuvent consulter le réseau Recup’Air, qui aide à la réadaptation des personnes atteintes de maladies broncho-pulmonaires et a mis en place un suivi gratuit. Cinq séances avec des psychologues sont offertes. (...)