Depuis la fin mars, la PME bretonne collectionne commandes et aides publiques ainsi que les articles de presse pour avoir "mis au point" le premier test rapide français du Covid 19. Des documents montrent pourtant que l’essentiel du "NG Test" est acheté à un sous-traitant chinois. Seul l’assemblage final est effectué en France.
Le 5 juin 2020 est un jour de consécration pour les dirigeants de NG Biotech. Frédérique Vidal débarque à Guipry-Messac, dans la banlieue de Rennes (Ille-et-Vilaine), où l’entreprise est installée depuis sa création, en 2012. La ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation vient confirmer une commande de 1,5 million de tests sérologiques de détection du Covid-19. Le montant du marché, tenu secret par la direction générale de la Santé, se situerait aux alentours de 15 millions d’euros d’après nos informations. Un gros contrat pour cette PME de 30 salariés qui envisage de passer à 100 et qui vient de faire sortir une usine de terre en cinq semaines. (...)
La puissance publique a effectivement bien accompagné cette société. Dès le 31 mars, la Direction générale de l’armement lui notifiait un premier marché d’un million d’euros, accompagné d’une aide au développement d’un second type de kit de test (contactée, la DGA n’a pas répondu à nos questions). La Région Bretagne lui a également commandé pour un million d’euros de tests, et accordé une aide, sous forme d’avance remboursable de 250 000 euros, tandis que mi-mai, l’APHP confirmait de son côté l’achat de 100 000 tests, après d’autres commandes du département d’Ille-et-Vilaine et du CHU de Rennes. (...)
"Le premier test développé, fabriqué et validé cliniquement en France" (...)
NG Biotech bénéficie d’une couverture médias exceptionnelle pour une entreprise de cette taille, la société est qualifiée de "pépite" et son jeune PDG, Milovan Stankov Pugès, intronisé "chasseur de coronavirus". (...)
Le label, "made in France", semble avoir été décisif dans le choix de NG Biotech par l’État pour la commande de 1,5 million de tests annoncée par Frédérique Vidal. La Direction générale de la Santé (DGS) l’a confirmé à la cellule investigation de Radio France (...)
Un fournisseur chinois qui commercialise également ses tests sous sa marque
Pourtant, d’après des documents consultés par la cellule investigation de Radio France, le test de NG Biotech est en réalité très largement chinois. Les tests rapides sont constitués d’une bandelette "papier" en nitrocellulose sur laquelle sont fixés les antigènes spécifiques du virus. Cette bandelette est ensuite insérée dans un boîtier en matière plastique qui va faciliter l’application d’une goutte de sang et la lecture du résultat du test. La bandelette est donc le "cœur" du dispositif. Or, comme NG Biotech l’a spécifié à l’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) lors de la validation du "NG Test" (voir le document ci-dessous), elle est "réalisée par un sous-traitant chinois". D’après nos informations, NG Biotech importe en France les bandelettes sous forme de grandes feuilles, appelées "master sheets", qui sont ensuite découpées à Guipry-Messac et introduites dans les boîtiers. La seule fabrication effectuée directement par NG Biotech est celle de la "solution tampon" qui va faciliter la migration du sang dans la bandelette. (...)
Vivachek nous a confirmé être le sous-traitant de plusieurs laboratoires en Europe et en France, mais n’a pas souhaité nous spécifier si NG Biotech faisait partie de ses clients pour des raisons de confidentialité. NG Biotech invoque quant à elle le "secret industriel". (...)
Ce boîtier plastique "autopiqueur" n’est pas non plus produit par NG Biotech. Il est fourni par une société australienne, Atomo, qui a signé un accord de partenariat avec l’entreprise bretonne. Contacté une première fois le 1er juillet, Alain Calvo n’avait pourtant jamais évoqué ses sous-traitants chinois et australien, malgré nos questions. (...)
Une journaliste qui a couvert la visite de Frédérique Vidal à Guipry-Messac raconte : "Dans mon esprit, ça ne faisait aucun doute que c’était eux qui avaient inventé et qui produisaient eux même ce test. En tout cas, c’est comme cela que ça nous a été présenté ce jour-là par les représentants de l’entreprise."