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Dépolluer les sols contaminés aux métaux lourds avec des plantes : intox ou réalité ?
Article mis en ligne le 8 mai 2016
dernière modification le 6 mai 2016

Plomb, zinc, cadmium… Les sols n’ont pas été épargnés par des décennies d’industrialisation. Les adeptes de l’agriculture urbaine lorgnent sur les friches aux abords des villes. Mais comment rendre ces terrains à nouveau cultivables ? Des expérimentations révèlent la capacité de certaines plantes à immobiliser ou extraire partiellement les polluants. Des travaux sont également menés pour recycler les métaux accumulés dans les végétaux. Ces techniques de dépollution, basées sur les plantes, sont-elles efficaces et suffisantes ? Tour d’horizon des possibles.

Plus de 300 000 sites seraient potentiellement pollués en France suite à des activités métallurgiques ou minières. Soit une surface d’environ 100 000 hectares [1] – l’équivalent de près de 2000 exploitations agricoles ! Devant cet immense gisement foncier, on se prend à rêver de jardins partagés, de cultures maraichères, de vergers, s’étalant sur d’anciennes zones industrielles désaffectées. Mais peut-on assurer une décontamination suffisante de ces sols pour les rendre à nouveau cultivables ? Les plantes peuvent-elles être une solution pour les dépolluer ?

Légalement, les entreprises ont une obligation de remise en état de leurs sites [2]. À ce jour, les techniques d’excavation, consistant à enlever la terre puis à la mettre en décharge ailleurs, demeurent la voie privilégiée. « Ce sont des techniques qui permettent de résoudre immédiatement la pollution du sol, mais elles restent très coûteuses », indique Valérie Bert, ingénieure à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). L’excavation, qui revient à déplacer le problème de la pollution sur un autre site, ne peut être utilisée que pour de faibles volumes de matériaux à traiter.

De nouvelles techniques ont émergé, basées sur l’utilisation des plantes. Leur nom ? « Phytotechnologies » [3]. (...)

Des plantes qui extraient partiellement les polluants

Si les techniques de phytotechnologie ne sont pas encore sur le marché, elles font l’objet de plusieurs programmes de recherche. La technique la plus avancée en terme de développement porte le nom de « phytostabilisation ». Elle consiste à planter une couverture végétale qui immobilise les contaminants dans le sol. « On se sert des avantages du couvert végétal pour éviter le contact avec la surface, limiter le ruissellement et l’infiltration des eaux de pluie vers la profondeur du sol, et les transferts de polluants vers les nappes souterraines », précise Frédérique Cadière. Réintroduire de la végétation permet également de limiter l’érosion et d’éviter que le vent ou la pluie n’éparpillent des éléments métalliques autour du site. Des bactéries ou des champignons peuvent être ajoutés pour immobiliser les polluants au bord des racines. « L’immobilisation des polluants se fait très rapidement. Les premiers effets peuvent être observés au bout de quelques semaines », appuie Valérie Bert, de l’Ineris.

D’autres plantes vont davantage absorber et transporter des quantités significatives de polluants vers leurs tiges et leurs feuilles. On parle alors de « phytoextraction ». (...)

le recours à cette technique permet à l’agglomération de reconquérir son foncier pour réaménager la ville et faire en sorte que ses terres ne soient plus « gelées ». « Cette expérience s’inscrit dans un projet plus global de transformation d’un quartier en écoquartier, où la végétation s’intègre complètement dans le paysage. Au-delà de l’objectif de gestion des sols pollués, les phytotechnologies contribuent à ramener de la nature en ville pour les citoyens et les usagers ».
Comment recycler les métaux accumulés dans les plantes

« Évidemment, on doit regarder la gestion de la dépollution des sols dans sa globalité et ne pas se contenter du transfert de la pollution des sols vers les plantes »,
(...)

D’où le projet mené par la chimiste Claude Grison pour recycler les métaux stockés dans les feuilles et tiges [5]. C’est sur l’ancien site minier du village Saint-Laurent-le-Minier dans le Gard que cette chimiste cultive et travaille sur des plantes hyper-accumulatrices de métaux [6]. Mais réhabiliter ce site de manière écologique par phytoextraction nécessite des décennies, et les fonds publics manquent. Pour attirer des industriels afin qu’ils financent le programme de phytoextraction, la chimiste transforme ces feuilles chargées d’éléments métalliques en catalyseurs pour la chimie. (...)

Face à la raréfaction des ressources minières et aux tonnes de terrils inutilisés, les recherches de Claude Grison attirent les investisseurs des secteurs du médicament (anticancéreux, agents antiviraux, molécules actives contre la malaria, etc), de la cosmétique ou des phytosanitaires. (...)

« Les phytotechnologies s’adressent à une petite partie des sites pollués, résume Frédérique Cadière. Elles peuvent s’appliquer sur de grandes zones agricoles dégradées, de grandes étendues contaminées, avec une concentration moyenne à faible, et pas trop en profondeur. Mais elles ne sont pas la solution miracle pour tous les sites pollués. » Il n’est pas possible par exemple de les utiliser sur les sites présentant un danger immédiat pour l’environnement ou la santé. (...)