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Basta !
De la production à la distribution et à la vente de masques : pourquoi ça coince encore
Article mis en ligne le 10 mai 2020

A partir du 11 mai, les masques seront obligatoires dans les transports ou à l’école. Les masques en tissu sont-ils assez efficaces ? Y en aura t-il suffisamment et à quel prix ? Les enseignes ont-elles le droit de les réserver en priorité aux titulaires de cartes de fidélité ? Le coût des masques jetables ne risque t-il pas de gréver les budgets des familles ? État des lieux.

Il aura fallu attendre plus de 130 000 contaminations confirmées et 25 000 morts en France pour que le masque s’impose, lentement, dans les recommandations du gouvernement. Dans son discours le 28 avril devant les députés, Édouard Philippe reconnaît avoir dû gérer « le risque d’une pénurie » et opté durant plusieurs semaines pour la mise à disposition en priorité pour le personnel soignant. A partir du 11 mai, date de levée progressive du confinement, les masques vont être obligatoires dans les transports et fortement recommandés dans l’espace public.

Pour se les procurer, les enseignes de la distributions, les pharmacies, des buralistes peuvent vendre des masques depuis le 4 mai. Le gouvernement a également mobilisé les collectivités locales pour en distribuer et demandé aux entreprises d’assurer la protection de leurs salariés. Quels types de masques pour quel public ? Avec quel niveau de protection et pour quel prix ? Basta ! fait le point.
Des masques chirurgicaux jetables plus protecteurs que les masques en tissus lavables

Il existe plusieurs types de masques. Le masque FFP, jetable, est le plus efficace. Il est destiné à protéger celui qui le porte contre l’inhalation de gouttelettes et de particules en suspension dans l’air. On distingue les masques FFP1 qui filtrent au moins 80 % des aérosols contre 94 % pour les FFP2 et 99 % pour les FFP3 [1]. Ces masques continuent d’être réservés prioritairement au personnel soignant [2].

Le masque chirurgical, lui aussi jetable, est destiné à éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui le porte. Il protège également celui qui le porte contre les projections de gouttelettes émises par une personne en vis-à-vis. En revanche, il ne protège pas contre l’inhalation de très petites particules en suspension dans l’air. On distingue là aussi trois types de masques pouvant filtrer entre 95 et 98 % des aérosols. Les masques chirurgicaux étaient jusqu’ici réquisitionnés par l’État et distribués en priorité au personnel soignant. Depuis le 4 mai, la grande distribution met en vente des centaines de milliers de ces masques chirurgicaux à destination du grand public. (...)

Face au manque, le gouvernement a créé en deux mois une filière de masques anti-postillons, en tissu lavable et réutilisable, en mobilisant 242 entreprises textiles françaises ainsi que de nombreuses couturières. Ce sont eux qu’on appelle « masque grand public », « masque alternatif », ou « masque à usage non sanitaire ». Selon les modèles, le nombre de fois où ils peuvent être lavés, avant de ne plus être efficace, varie. (...)

Flou sur la garantie d’efficacité du masque en tissu grand public

« Ces masques [grand public] n’ont pas été soumis à l’ensemble des tests d’efficacité prescrits par les normes en vigueur », explique l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), en rappelant que « le peu d’études scientifiques sur les performances de filtration des masques en tissu montrent une efficacité de filtration inférieure à celle des masques chirurgicaux ».

Le cadre légal pour les masques grand public est une simple « note d’information » interministérielle. (...)
Le 4 mai, une alerte a été lancée concernant des masques en tissu « grand public » vendus par la grande distribution sans norme Afnor, au prix de 20 euros le paquet de cinq, et ne permettant absolument pas de se protéger contre le covid. Face aux inquiétudes grandissantes sur la qualité variable des masques grand public mis en vente, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a demandé à la Direction générale de la concurrence et des fraudes (DGCCRF) de lui faire des « propositions » afin d’effectuer des contrôles a posteriori. (...)

La gestion de la pénurie de masques se poursuit, en dépit des annonces de ventes massives par les grandes enseignes

Les annonces de ventes massives de masques chirurgicaux en supermarchés ont indigné les soignants [5], qui ont été contaminés par milliers faute de protection au plus fort de la crise, et qui subissent toujours une distribution de masques parcimonieuse (entre 12 et 24 masques chirurgicaux jetables par semaine en fonction des professions). « L’heure viendra, nous l’espérons, de rendre des comptes », écrivent dans un communiqué, publié le 30 avril, sept ordres de professions de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens, kinés, dentistes, sages-femmes, podologues). Ils dénoncent la « communication tapageuse » des distributeurs, qualifiés de « profiteurs de guerre ». « 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C’est la surenchère de l’indécence », déplorent-ils. (...)

Concernant les masques en tissus, la demande est telle que les 242 fabricants français ne peuvent pas suivre. Ils doivent fournir 70 millions de masques commandés, alors qu’ils n’en fabriquent à l’heure actuelle qu’un peu plus de 3 millions par jour, rapporte Mediapart. « On ne répond qu’à 10 % de la demande, c’est monstrueux », confie l’un d’entre eux. La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a indiqué que la France en aura reçu 98 millions d’ici le 11 mai.

Lors de son discours du 28 avril, Édouard Philippe s’est montré prudent, reconnaissant qu’on ne parviendra que « progressivement » à une situation « sans risque de pénurie », où chacun pourra « se procurer des masques grand public dans tous les commerces ». Depuis le 4 mai, de longues files d’attente se constituent dans les supermarchés qui rationnent, pour une partie d’entre eux, la distribution. (...)

, Édouard Philippe a promis une « enveloppe hebdomadaire de 5 millions de masques lavables » afin de permettre aux préfets d’organiser la distribution de masques aux plus précaires. Alors que les entreprises et collectivités doivent aussi « équiper leurs salariés », le Premier ministre a annoncé la prise en charge par l’État de 50 % du coût des masques achetés par les collectivités « dans la limite d’un prix de référence ». Ces dernières (régions, départements, communes…) assurent la distribution à leurs concitoyens, gratuitement. Le mode de distribution, le nombre et le type de masques distribués sont librement fixés par chaque collectivité locale.
Les titulaires d’une carte de fidélité... prioritaires dans l’accès aux masques !

Si les enseignes de la grande distribution communiquent sur des ventes à prix coûtant, l’opération commerciale menée par Intermarché consistant à donner la priorité d’accès aux masques aux titulaires de la carte de fidélité a particulièrement choqué. (...)

Depuis le 4 mai, d’autres enseignes comme les supermarchés Match refusent purement et simplement de vendre des masques aux clients s’ils ne sont pas titulaires d’une carte de fidélité. (...)

Interpellée à ce sujet, la Commission nationale de l’informatique et des libertés invite les consommateurs à réaliser un signalement auprès de la Répression des fraudes.

D’autre part, neuf millions de masques à usage unique seront mis à disposition dans les transports en commun en France pour les usagers, a annoncé le secrétaire d’État aux Transports (...)

Les pouvoirs publics vont désormais devoir lancer de grandes campagnes d’information sur le port du masque et les bons gestes à adopter pour qu’il soit efficace. Après avoir expliqué pendant des semaines qu’ils ne servaient à rien.