Soixante-neuf travailleurs contaminés et 800 à l’isolement. L’abattoir de Kermené (Côtes-d’Armor) est devenu un nouveau "cluster" du coronavirus. Mardi 19 mai, une campagne de dépistage a débuté dans cet établissement porcin pour identifier de nouveaux cas parmi les salariés placés en quarantaine. Et Kermené n’est pas un cas unique : d’autres lieux de la filière viande sont touchés, comme l’abattoir de Fleury-les-Aubrais (Loiret) où 54 cas de contamination ont été détectés. Un chiffre qui monte même à 279 de l’autre côté du Rhin pour l’usine allemande de transformation de viande de Coesfeld (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
Les causes exactes de ces contaminations restent incertaines, même si l’étroitesse des abattoirs, frein aux mesures de distanciation sociale, fait office de piste sérieuse. Dans les commentaires du live de franceinfo, vous êtes donc nombreux à vous inquiéter : faut-il continuer à consommer de la viande provenant des abattoirs ? Peut-elle véhiculer le coronavirus ? L’équipe #VraiOuFake vous répond
Pas d’infection démontrée par voie digestive (...)
"Une éventuelle transmission pourrait être due, et j’insiste sur le conditionnel, à une personne infectée qui aurait contaminé la viande en la manipulant avec des mains souillées ou qui y aurait projeté des gouttelettes infectieuses, par exemple en toussant ou en éternuant", détaille Sandra Martin-Latil, par ailleurs membre de la Société française de virologie. En clair, la mastication des aliments pourrait, en théorie toujours, entraîner une infection des voies respiratoires.
Mais "cela resterait une transmission par voie aérienne du virus, et non une transmission par voie alimentaire. Mais rien n’indique que cela est possible", rapporte Sandra Martin-Latil. Et pour que cela se produise, il faudrait que des gouttelettes de salive infectée aillent "dans les voies respiratoires au moment du passage de l’aliment au carrefour oropharyngé, par exemple si l’on fait une fausse route", ajoute dans le Figaro Gilles Salvat, directeur de la santé et du bien-être animal au sein de l’Anses. (...)
Si rien ne démontre pour l’heure la possibilité d’une contamination par voie alimentaire, l’Anses conseille cependant de cuire la viande par mesure de précaution : "Le Sars-CoV-2 est un virus sensible aux températures usuelles de cuisson. On a une division par 10 000 de la quantité de virus présente initialement si on la réchauffe pendant 4 minutes à 63°C, explique Sandra Martin-Latil. Si on respecte cela, il n’y a aucun risque de contamination par voie alimentaire." (...)
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseille par ailleurs d’"utiliser différents couteaux et planches à découper" et de se laver les mains lors de la manipulation de viande crue et d’aliments cuits. Des mesures générales d’hygiène qui ne s’appliquent pas qu’au coronavirus. "C’est un rappel un peu de bon sens des règles d’hygiène pour la cuisson et l’alimentation, note Eric D’Ortenzio, médecin épidémiologiste et coordinateur scientifique à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Et en l’état actuel des connaissances, les mesures recommandées sont les bonnes."
Une certitude dans tous les cas : les malades doivent quitter la cuisine, rappelle Sandra Martin-Latil. "Toute personne qui présente des symptômes du Covid-19 ne doit pas préparer les repas." Dans tous les cas, il est important de respecter les règles d’hygiène lors de la manipulation des aliments, notamment en se lavant les mains avant et après la manipulation des aliments.
Mais alors, pourquoi soupçonne-t-on la viande de pangolin ?
Si une transmission du Sars-CoV-2 par voie digestive n’est pour l’heure pas démontrée, faut-il reconsidérer la piste du pangolin ? Rappelez-vous, ce mammifère apprécié pour ses écailles et sa chair délicate sur les continents asiatique et africain a suscité l’intérêt de deux équipes de chercheurs en Chine. Le pangolin pourrait en effet être un hôte intermédiaire du virus entre la chauve-souris et les êtres humains. "Mais rien n’indique là aussi que l’homme s’était éventuellement contaminé en le mangeant, ça ne peut être que de la manipulation par une personne, et encore, on a des doutes", rapporte le médecin épidémiologiste Eric D’Ortenzio. (...)
Pour l’heure, les chercheurs s’affairent donc à identifier la source du virus pour mieux le comprendre. Mais, comme l’indique à Nature Lucy van Dorp, généticienne à l’University College de Londres (UCL), "il est tout à fait possible que nous ne le trouverons pas".