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Le Monde
Coronavirus dans des abattoirs : pourquoi des foyers d’infection apparaissent-ils ?
Article mis en ligne le 21 mai 2020
dernière modification le 20 mai 2020

Si l’hypothèse d’une contamination par la viande est pour l’instant écartée, le difficile respect des gestes barrières dans ces entreprises est souligné par les professionnels.

Au moins 4 900 cas confirmés aux Etats-Unis, plus de 800 en Allemagne, une centaine en Australie : depuis la fin du mois d’avril, des foyers de contamination du nouveau coronavirus se multiplient dans les abattoirs et les usines de transformation de viande. En France, les tests positifs au SARS-CoV-2 de plus d’une centaine de personnes ont été confirmés par les autorités sanitaires au Mené (Côtes-d’Armor), le 15 mai, et à Fleury-les-Aubrais (Loiret), dimanche 17 mai. Tous travaillaient dans des ateliers de découpe ou de transformation. (...)

Sur place, les préfectures et les agences régionales de santé (ARS) poursuivent leur campagne de dépistage et d’identification des cas contacts, sans qu’émerge d’explication commune à une propagation du virus spécifique aux abattoirs. « L’analyse des chaînes de transmission est encore en cours » sur le site de Fleury-les-Aubrais, a annoncé, dimanche, Laurent Habert, le directeur général de l’ARS Centre-Val de Loire. Si l’hypothèse d’une contamination par le contact avec la viande est pour l’instant écartée, la complexité du respect des gestes barrières et l’activité soutenue de ces entreprises pendant tout le confinement sont soulignées par les professionnels. (...)

L’hypothèse d’une contamination des employés des abattoirs par la proximité et la manipulation des animaux est, à ce jour, démentie par les scientifiques. « Il n’existe actuellement aucune preuve scientifique quant à la transmission du SARS-CoV-2 d’un animal domestique [de compagnie comme d’élevage] infecté à l’homme », soulignait début mars l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), un diagnostic réaffirmé dans un avis mis à jour à la fin du mois d’avril. (...)

« On doit mettre fin à certaines rumeurs, a de son côté affirmé Marie-Agnès Linguet, maire de Fleury-les-Aubrais, où 34 employés d’un abattoir ont été testés positifs. J’ai entendu que des gens voulaient jeter leur viande ou leur pâté. Sachons raison garder. »

Les gestes barrières difficiles à respecter

Sans possibilité de transmission par les animaux, vivants ou morts, les foyers de contamination détectés dans les abattoirs proviendraient donc des contacts entre les employés : c’est la piste privilégiée par les autorités sanitaires autour du site de Fleury-les-Aubrais. « On est vraiment sur de la contamination interpersonnelle des salariés entre eux », a déclaré le directeur de l’ARS Centre-Val de Loire sur BFM-TV. (...)

« Sur leur chaîne d’abattage, les opérateurs de découpe se tiennent souvent à moins d’un mètre les uns des autres, et ils ont besoin de se parler », explique toutefois Marie-Jeanne Menier, déléguée CFDT à l’abattoir porcin de la Cooperl, à Lamballe (Côtes-d’Armor), qui compte plus de 2 000 salariés. Dans un environnement bruyant, le port du masque peut aussi être rendu difficile par la nécessité de communiquer. « Quand on a du mal à se comprendre, on est tenté de baisser le masque », confirme Jean-Luc Souvestre, délégué syndical CFDT de l’abattoir SVA de Vitré (Ille-et-Vilaine), plus grand site d’abattage de bovins en France.

Publiée le 8 mai, une étude américaine menée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) dans les usines agroalimentaires aux Etats-Unis pointe cette même difficulté à respecter les gestes barrières : « Les défis liés aux installations (…) rendaient difficile le maintien d’une distance de 6 pieds [2 mètres] pendant le travail, en particulier sur les lignes de production », notent les chercheurs, avant de souligner l’importance des « pauses et lors de l’entrée et de la sortie des installations » comme moments possibles de la transmission du virus.

Les salles de repos, les vestiaires, les pointeuses horaires sont autant de lieux de possibles rassemblements, qui continuent parfois d’échapper aux protocoles sanitaires (...)

L’hypothèse de la circulation de l’air

Un air froid, humide et en circulation constante dans les bâtiments : contrairement à la promiscuité pendant le travail – qui n’est pas spécifique aux abattoirs – la possibilité d’une transmission facilitée par la climatisation est considérée par certains scientifiques.

Le travail dans l’industrie de la viande « implique des tâches physiques accomplies rapidement, générant ainsi beaucoup d’aérosols dans un milieu froid et fermé, ce qui pourrait multiplier le risque de transmission si une personne est infectée », avance la professeure Raina MacIntyre, de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, près de Sydney, auprès de l’Agence France-presse. (...)

Si cette piste était confirmée, elle appuierait l’hypothèse d’une transmission du virus par de fines gouttelettes exhalées par les malades qui circuleraient dans l’air – que les scientifiques appellent aérosols – et non pas uniquement avec les postillons, plus lourds. L’existence de ce mode de transmission n’est, cependant, pas encore scientifiquement prouvée.