Partager un espace confiné, mal ventilé pendant une ou plusieurs heures constituerait le dénominateur commun à la grande majorité des situations propices à la contagion du Coronavirus SARS CoV-2. Si la transmission du virus par les microgouttelettes à l’occasion d’une toux ou d’un éternuement est établie depuis le début de l’épidémie, un faisceau d’indices concordant laisse à penser que son transport aéroporté sous forme d’aérosols serait à l’origine d’un nombre tout aussi important de contaminations. Si les preuves formelles manquent encore, le principe de précaution devrait inciter les autorités sanitaires à revoir une fois de plus leur doctrine de port de masque.
Les contaminations se produisent dans des lieux clos
Une étude publiée le 7 avril sur medRxiv a compulsé les données issues du registre des contaminations s’étant produites entre le 4 janvier et le 11 février 2020 dans 320 villes chinoises situées en dehors de la province de Hubei (alors partiellement mise en quarantaine à compter du 22 janvier). (...)
Au vu des résultats obtenus, les auteurs positionnent le partage d’un espace clos comme un facteur de risque majeur de contamination du coronavirus.
Ces données semblent confirmées par une autre étude sur 110 cas japonais qui suggère que les environnements clos contribuent de façon prépondérante à la transmission secondaire du Coronavirus. Selon les auteurs, les risques de contaminations dans un environnement intérieur étaient 18,7 plus élevés que dans un environnement extérieur (...)
Cas des usines de conditionnement de viande
Près de 5000 cas de contamination se sont produits aux États-Unis dans 115 usines de conditionnement de viande au 1er mai 2020 selon le CDC américain. Dans ces usines où les chambres froides sont propices à la conservation des virus, les ouvriers sont très proches les uns des autres et doivent communiquer régulièrement de façon rapprochée pour couvrir le bruit des machines. Pour le CDC, si les distances sociales ne peuvent être respectées du fait de l’organisation du travail sur les lignes de production, le port de masque de protection respiratoire, une désinfection régulière des chaines de production et une hygiène des mains irréprochable sont d’autant plus nécessaires. (...)
Les descriptions de ces foyers épidémiques semblent illustrer le rôle majeur dans la propagation du virus de la durée d’exposition dans des espaces clos à forte densité humaine. Au contraire les environnements extérieurs seraient bien moins propices à la contagion sauf en cas d’attroupement pendant une longue période. Pour autant ces études épidémiologiques ne nous permettent pas de déterminer si les contaminations se sont produites de façon manuportée ou aéroportée par des microgouttelettes voire des aérosols.
Pour en savoir plus sur ce point, il faut se pencher sur d’autres enquêtes épidémiologiques qui nous livrent des éléments qui plaident clairement en faveur d’une prépondérance des transmissions aéroportées sur les transmissions manuportées.
Les contaminations sont aéroportées (...)
Le Haut Conseil de la Santé publique ne peut exclure une contamination AIR sous forme d’aérosol
Dans un avis publié à la fin du mois d’avril, le HCSP s’est penché sur les risques d’aérosolisation des particules virales de SARS-COV-2. (...)
Cette étude a permis d’attribuer un score de 7 sur 9 à la plausibilité biologique d’une contamination aérosolisée du SARS-COV.
Pour le HCSP, même si les données de la littérature sont parcellaires, elles permettent :
d’une part la mise en évidence de virus dans les voies aériennes supérieures des sujets asymptomatiques, donc n’ayant pas de toux ni d’éternuements, et dont la fraction granulométrique attendue dans l’air expiré est majoritairement faite de particules fines ;
d’autre part la mise en évidence de coronavirus dans la fraction fine de l’aérosol prélevé à distance du patient émetteur (bureau des soignants situé à distance de pièces où sont soignés les patients) ;
enfin les données expérimentales obtenues après aérosolisation d’une suspension aqueuse de coronavirus qui montrent la persistance de virus viable dans l’air à distance de la source pendant plusieurs heures.
Pour les experts, ces données même partielles militent en faveur d’une contamination des espaces clos à distance des patients émetteurs. Elles sont partiellement corroborées par d’autres études qui ont cherché à étudier la dissémination et la persistance du SARS-CoV-2 non pas en situation expérimentale, mais bien dans des conditions réelles. Ces études soulignent la dispersion et la persistance du virus sous forme de fines particules en suspension dans l’air de locaux abritant des patients infectés par le Covid-19. Elles ne prouvent pas cependant que ces aérosols sont contagieux.
En conclusion pour le HCSP « la transmission par aérosol ne peut être exclue dans les milieux clos, alors que ce risque paraît très faible en milieu extérieur ou dans des espaces de gros volume ».
D’autres experts ont un avis bien plus tranché sur le sujet.
50 % des contaminations proviennent d’aérosols pour le Pr Drosten (...)
Les modes de contamination conditionnent les recommandations sanitaires
Si les virus respiratoires se transmettent par des voies multiples, l’importance relative entre la transmission « gouttelettes », « aérosols » et « contact » n’est pas clairement établie. Pourtant cette information est d’autant plus précieuse qu’elle conditionne la nature même des recommandations sanitaires émises par les agences de santé publique. (...)
Au vu de ces éléments, le principe de précaution devrait imposer aux autorités sanitaires de recommander le port de masque FFP2 pour tous les travailleurs contraints de travailler dans de telles conditions. À commencer par tous les professionnels de santé, notamment ceux de premiers recours et bien évidemment ceux qui travaillent dans des unités COVID-19.
Le renouvellement de l’air dans les environnements intérieurs devrait également être une priorité. (...)
Quant au recyclage de l’air par des systèmes de ventilation qui fonctionnent en circuit fermé, ces procédés devraient être autant que possible limités voire stoppés dans l’attente de preuves irréfutables.
Au contraire dans les milieux extérieurs, les risques sont d’autant plus faibles que la dilution dans l’air des aérosols y est importante et qu’il n’y a pas d’attroupement de longue durée. Ce qui plaide en faveur d’une levée ou d’un allègement des restrictions concernant la fréquentation des parcs, jardins et sites naturels, mais aussi des restaurants ou des bars qui peuvent proposer des repas ou des boissons sur des terrasses extérieures.