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Comment le gouvernement Macron prépare discrètement la privatisation des grandes infrastructures gazières
Article mis en ligne le 17 septembre 2019

Dans la loi Pacte promulguée en mai 2019, il n’y a pas que la privatisation d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux. Il y a aussi la sortie programmée de l’État du capital d’Engie et son désengagement de GRTgaz, qui exploite les gazoducs et les terminaux méthaniers français. Qu’en attendre, dans un contexte où les infrastructures gazières sont devenues une affaire de gros sous, dominée par une poignée de géants européens peu connus mais très influents ?

Grandes manoeuvres gazières

Libéralisation ou pas, les Français continuent aujourd’hui à recevoir leur gaz naturel à domicile comme ils le font depuis des décennies. Tout au plus ont-il pu remarquer que les tarifs tendent globalement à augmenter. À l’autre bout des tuyaux, ce sont les grandes manœuvres. Des milliers de kilomètres de gazoducs se construisent et traversent les continents. D’énormes bateaux sillonnent les océans de l’Australie à l’Arctique, transportant du gaz sous forme liquéfiée. Au nom de sa sécurité énergétique, l’Europe s’est rapprochée de l’Azerbaïdjan malgré un bilan peu reluisant en matière de droits humains et de démocratie. Entre la Russie de Vladimir Poutine et les États-Unis de Donald Trump, la concurrence fait rage pour vendre au vieux continent le gaz issu respectivement des nouveaux gisements de l’Arctique ( (...)

Aux quatre coins de l’Europe, militants du climat, riverains et agriculteurs s’opposent à la pose de nouvelles canalisations géantes ou à la construction de terminaux destinés à accueillir des navires méthaniers. Des Italiens et des Grecs contestent le déracinement en masse d’oliviers centenaires. Des Suédois et des Croates dénoncent la construction de nouveaux ports gaziers à l’utilité contestable. Des Espagnols paient encore, via leurs factures de gaz, le coût de grands projets gaziers abandonnés ou en sous-utilisation chronique. Pour l’instant, la France est relativement épargnée. Mais la privatisation de GRTgaz pourrait changer la donne. (...)

Cartographie des nouveaux géants du gaz

L’Observatoire des multinationales publie, avec plusieurs partenaires européens du réseau ENCO [3], la cartographie d’un secteur en pleine recomposition : celui des réseaux de transports de gaz. Opérant dans un relatif désintérêt du public, ces infrastructures n’en jouent pas moins un rôle crucial pour notre approvisionnement énergétique, de même que sur la question climatique. Le secteur a connu une évolution similaire à beaucoup d’autres en Europe. À coups de privatisations, de rachats et de fusions, les anciennes entreprises publiques opérant au niveau national se sont progressivement agglomérées pour laisser la place à une poignée de géants continentaux, en particulier l’espagnol Enagás, l’italien Snam et le belge Fluxys. (...)

Ces poids lourds des infrastructures gazières sont d’ailleurs présents en France. (...)

« Le marché du gaz ne s’arrête plus aux Pyrénées ou au Rhin, mais il est devenu global, à l’échelle de l’Europe, et même du monde, expliquait le rapporteur de la loi Pacte Roland Lescure (député LaREM des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale). Ce que nous souhaitons, c’est que nos champions français et européens, Engie et GRTgaz, puissent continuer à contribuer à cette globalisation. » « C’est fait pour qu’on puisse potentiellement se rapprocher d’autres transporteurs de gaz européens », confirmait la patronne d’Engie, Isabelle Kocher, à propos de la privatisation de GRTgaz. Un rapprochement avec l’énergéticien Open Grid Europe, présent surtout en Allemagne et propriété du fonds d’investissement australien Macquarie, est souvent évoqué. Mais pour faire quoi, et à quel prix ? (...)

L’Europe gazière

Mine de rien, ces nouveaux géants du gaz ont acquis une énorme influence sur l’Union européenne (lire le rapport Sous l’influence des industriels et de leurs lobbies, l’Europe s’enferme dans un carcan de gazoducs et de terminaux méthaniers). Aux côtés des multinationales du pétrole comme Total ou Chevron, ils ont contribué à propager l’idée que le gaz devait être le pilier de la transition énergétique. Ils ont aussi convaincu les instances européennes qu’investir des milliards d’euros dans la construction de nouvelles infrastructures gazières était le seul moyen d’assurer l’autonomie énergétique du vieux continent, notamment face à la Russie, et d’atteindre les objectifs climatiques de l’UE.

La vision portée aujourd’hui officiellement par la Commission est celle d’un marché du gaz totalement libéralisé et intégré à l’échelle européenne, où les molécules de méthane pourraient circuler librement d’un bout à l’autre du continent pour aller au plus offrant. Probablement un non-sens économique et environnemental, au vu de la quantité de nouveaux tuyaux qu’il faudra poser et de nouvelles infrastructures qu’il faudra construire pour réaliser cette vision. Mais une aubaine pour de nombreux secteurs économiques, du BTP à la finance. (...)

Quand il a été annoncé il y a quelques années qu’EDF et Engie allaient importer du gaz de schiste américain, la ministre de l’Environnement de l’époque Ségolène Royal avait déclaré sans convaincre qu’elle essaierait de s’y opposer. Aujourd’hui, à un moment où Américains et Russes veulent abreuver l’Europe de gaz liquéfié, contrer cette évolution sera encore moins possible.
Infrastructures publiques, profits privés (...)

L’intérêt commun de ces actionnaires publics et privés est de pomper des dividendes. (...)

Dans le même temps, la CGT dénonce la perte progressive d’emplois dans les filiales, le recours accru à la sous-traitance et la faiblesse des investissements. Sous ces aspects au moins, la privatisation partielle de GRTgaz ne changera sans doute pas grand chose.