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Aperçu sur l’actuelle classe dominante en Afrique
Article mis en ligne le 31 janvier 2018

Malgré le recul de la croissance de son PIB moyen ces toutes dernières années (3,4% et 2,2% en 2015 et 2016 – à cause, entre autres, de la chute, à partir de 2014, des cours des matières premières, du pétrole, dont dépendent plusieurs économies encore monoproductrices) par rapport à ce qu’il était pendant les premières années de la décennie (autour de 5%), la situation économique de l’Afrique est, en ce 21e siècle, l’objet d’un discours bien différent, voire contraire de celui qui a prévalu pendant les décennies post-coloniales du 20e siècle en général. Particulièrement au cours des décennies 1980-1990, qui peuvent être caractérisées comme celles de l’imposition des politiques d’ajustement structurel néolibéral, remède à l’endettement critique des États du Tiers-Monde, d’Afrique en l’occurrence.

Non seulement le taux de croissance moyen du PIB de cette région du monde s’est, à partir des premières années du nouveau siècle, située au dessus de la moyenne mondiale, inférieure certes au taux de croissance des économies de la Chine, de l’Inde, de Singapour, elle a même fait preuve de résilience face à la crise qui a frappé le centre traditionnel de l’économie capitaliste mondiale, auquel elle est restée très liée ou assez dépendante.

Par ailleurs, si cette croissance du PIB est principalement expliquée par les investissements directs étrangers (IDE), attirés par un assez bon retour sur investissements, ne peut être ignorée la visibilité acquise pendant la même période d’entreprises africaines considérées comme performantes, selon les critères de l’économie capitaliste. Entreprises africaines, non pas dans le sens d’entreprises installées en Afrique, de succursales d’entreprises étrangères, mais d’entreprises appartenant à ou contrôlées par des Africain•e•s, de Maurice au Maroc en passant par le Kenya et le Nigeria. Des entreprises individuelles ou familiales dont les performances, capitalistes s’entend, s’illustrent aussi par l’intérêt que leur accordent des cabinets de conseil, experts ès capitalisme, à l’instar de McKinsey, du Boston Consulting Group, que par la médiatisation de l’entrée de certain•e•s de leurs propriétaires ou actionnaires majoritaires dans les classements des plus grosses fortunes mondiales publiés par des magazines états-uniens, à l’instar de Forbes.

C’est l’un des effets, peut-on dire, de l’ajustement structurel néolibéral, de la néolibéralisation de la mondialisation. (...)

en dehors du rôle joué par la crise de la dette et l’ajustement structurel néolibéral subséquent, peut être qu’il est impossible de réaliser l’objectif qu’il s’est fixé (contribuer à « mettre en place des alternatives qui libèrent l’humanité de toutes les formes d’oppression : sociale, patriarcale, néocoloniale, raciale… »), en ne s’intéressant pas à ou en ne prenant pas en compte cette dynamique capitaliste africaine qui est aussi structurante de la vie quotidienne de centaines de millions d’Africain•e•s, diversement opprimé•e•s, les damné•e•s de la terre d’aujourd’hui, de Port-Louis à Tunis, en passant par Lilongwe et Kinshasa, même si, encore une fois, il ne va être pas être question d’une revue de la cinquantaine de sociétés (pays) africaines, mais juste de quelques caractéristiques générales |2|.

À propos de l’existence ou non des classes sociales en Afrique

Dans une période qui s’étend surtout des années 1950-1970, soit de la veille de l’accession massive des colonies européennes d’Afrique à l’indépendance aux deux premières décennies de la dite indépendance, intellectuel•le•s et femmes/hommes politiques africain•e•s, ainsi que des africanistes extra-africain•e•s ont opiné, discuté sur l’existence ou non des classes sociales en Afrique. En fait, du rôle que devrait jouer ou non la lutte des classes dans l’Afrique pendant la lutte pour l’indépendance, mais surtout dans l’Afrique dite post-coloniale, car à l’existence des classes sociales sont liées, inséparablement, leurs luttes. (...)

Tous les décolonisés, toutes les décolonisées étaient censé•e•s avoir le même intérêt à la construction de la nation post-coloniale, malgré les différenciations sociales hiérarchiques héritées de la société coloniale : toutes les couches sociales devraient communier dans cette “union nationale”. (...)

pour Fanon, en plus de sa caractérisation – inspirée, avons-nous dit, de la réalité de l’Amérique dite latine post-coloniale – de la bourgeoisie africaine post-coloniale (cf. ci-dessus) comme bourgeoisie compradore (« intermédiaire »), la classe révolutionnaire en Afrique ce n’était pas le prolétariat (urbain, relativement privilégié, certes pas autant que la petite-bourgeoisie urbaine et rurale) mais la petite paysannerie pauvre. (...)

C’est cette classe d’ancien•ne•s et nouveaux/nouvelles riches, minoritaire dans tous les pays, qui est dominante, car l’économie, voire la société est généralement organisée en fonction de ses intérêts. Il y a dans cette classe, non seulement les représentants du capital étranger, l’occidental surtout qui demeure principal partout en Afrique, mais aussi des capitalistes autochtones |11| – les termes “africapitalisme” et son dérivé “africapitaliste” ont au moins le mérite de reconnaître l’existence de cette classe sociale – qui exercent, de façon subordonnée consentie au ou relativement concurrentielle avec le capital étranger, une influence certaine sur les dirigeant•e•s politiques (gouvernement, parlement) – dont certain•e•s peuvent être membres de cette classe sociale – donc sur l’existence de centaines de millions de personnes vivant en Afrique.

Une vieille tradition en Afrique

Cette participation des indigènes d’Afrique à la dynamique du capital est bien antérieure à la période post-coloniale, faut-il toujours rappeler, compte tenu, par exemple, du discours mensonger, à moins que ce soit ignorant, sur le moment actuel comme étant celui de l’« intégration de l’Afrique à la mondialisation », du capital sous-entendu. (...)

Grosso modo, des négro-africain•e•s ont contribué à la longue marche du capital non seulement en tant qu’esclaves aux Amériques – à leurs dépens –, mais aussi comme entrepreneurs de la capture (depuis les terres intérieures jusqu’à la côte) d’autres Africain•e•s destiné•e•s à l’esclavage |12|. Des dignitaires des royaumes côtiers, célébrés, aujourd’hui encore, par certain•e•s nationalistes africain•e•s, en ont été des acteurs ou des superviseurs, évidemment bénéficiaires. Par la suite, avec l’interdiction de la traite au 19e siècle, certain•e•s Africain•e•s, y compris d’anciens esclaves revenus du Brésil, ont pu se constituer des fortunes en participant aux circuits clandestins de la traite. (...)

La néolibéralisation de la mondialisation : production d’une nouvelle classe dominante dans les sociétés africaines

Qu’il y ait eu des capitalistes, des embryons de bourgeoisie nationale dans la plupart des sociétés africaines pendant la première période postcoloniale, est indéniable, il n’empêche néanmoins – exception faite de sociétés à vieille bourgeoisie comme la sud-africaine, l’égyptienne, la mauricienne – que ledit dynamisme de cette nouvelle classe dominante est surtout une conséquence des diktats des institutions financières internationales, de leur imposition de l’ajustement structurel néolibéral aux États africains, comme solution à leur endettement critique. Des États dont les gouvernants n’étaient pas en principe opposés à la néolibéralisation |18|. Ils la souhaitaient, par intérêt, mais sans les facteurs de la contestation sociale populaire qu’elle suscitait. Quant aux oppositions politiques, elles étaient en général attachées à la définition de la démocratie que faisait circuler la Banque mondiale et autres : démocratie = économie de marché + multipartisme + activisme de la “société civile”. Celle-ci n’étant pas considérée comme expression des intérêts divergents, alors qu’elle est aussi un espace de la lutte des classes (associations patronales et syndicats ouvriers, par exemple, participent de la société civile).

Il a fallu, en effet, privatiser des entreprises publiques stratégiques, libéraliser les marchés. Le faire davantage là où c’était relativement le cas auparavant : en Côte d’Ivoire, en Égypte, au Ghana, au Kenya, en Tunisie, au Zaïre, par exemple. Processus qui est, certes, inachevé à ce jour. (...)

En Afrique du Sud, où existe depuis la fin du 19e siècle une classe capitaliste considérée comme assez dynamique, et pour les intérêts de laquelle avait été constitutionnalisé l’apartheid, il a été question de renforcer cette classe après l’apartheid, en favorisant le développement de capitalistes noir•e•s, avec le Black Economic Empowerment (...)

Tout cela avec un encouragement certain des institutions financières internationales, veillant à ce que la néolibéralisation (économique) suive un cours normal, devienne effective à travers le monde. La pression est exercée sur les États par, entre autres, l’accès aux financements, les rapports annuels produits par la Banque mondiale, le Doing Business classant les États en bons, moyens et mauvais élèves, en matière d’institution des conditions les plus favorables pour les affaires, les investissements, parmi lesquelles le plus d’exemptions fiscales, de bas taux d’imposition (autour de 28% en moyenne, 15% à Maurice, 13,6% au Lesotho). Aussi bien pour les capitaux autochtones que pour ceux provenant d’ailleurs, de préférence sans distinction d’origine dans le sens néolibéral de l’égalité, entre le pot de fer et le pot de terre. (...)

Chaque pays africain possède aujourd’hui – en plus des chambres de commerce et d’industrie – son/ses organisations patronales, pour la défense des intérêts de cette classe. Certes, y participent aussi des membres non autochtones de la classe, mais elles sont souvent dirigées par des autochtones, sans, toutefois, que cela signifie une prédominance du capital autochtone sur l’allochtone. Ainsi, c’est en fonction aussi des intérêts du capital autochtone, en plus de ceux, plus structurant, du capital international (non africain), que sont organisées les politiques économiques et sociales nationales. Ces membres autochtones de la classe dominante exercent une pression sur les gouvernant•e•s politiques (ministres, parlementaires – là où celles-ci/ceux-ci arrivent à ne pas faire que de l’enregistrement des projets de loi, de la figuration rentable – gouverneurs, etc.) |23| qui, d’ailleurs, font, de façon générale, de leur passage au pouvoir un moment d’accumulation primitive – les pots-de-vin reçus, le vol de l’argent public, l’auto-octroi des privilèges, des marchés à leurs entreprises ou celles de leurs prête-noms, etc. – d’acquisition d’actions |24|, voire de constitution de groupes économiques. Ce qui crée une forte complicité, des connivences, une imbrication entre dirigeant•e•s politiques et dominant•e•s économiques |25|.

D’ailleurs, de plus en plus, des membres de cette classe capitaliste se transforment en acteurs/actrices politiques. (...)

Certains des membres de cette classe dominante ne se contentant pas d’investir localement, sont à la tête d’entreprises présentes dans plusieurs pays africains. Ce sont, par exemple, Elsewedy Electric, le groupe Dangote présent, par ses cimenteries et autres activités, dans toutes les sous-régions d’Afrique – recours à la sous-traitance compris –, le groupe Orascom d’Osni Sawiris et ses fils, le Groupe Mansour, des banques africaines (Attijariwafa Bank, Ecobank, Nedbank, United Bank for Africa, etc.), de la société d’investissement Heirs Holdings et de Transcorp (évoquée en note sur la page précédente) du chantre de l’africapitalisme Tony Elumelu, d’Econet du Zimbabwéen Strive Masiyiwa. Une soixantaine, voire une centaine de multinationales à l’africaine, comme le dit un membre de leur sérail |27|, qui investissent aussi hors de leur pays d’origine, dans leur sous-région, ainsi que dans d’autres sous-régions. Ce que favorisent le processus d’intégration africaine, l’existence des divers regroupements sous-régionaux dont certains servent de référence aux organisations de défense des intérêts de cette classe dominante. À l’instar de la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO) dont l’espace est la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union des patronats d’Afrique centrale (UNIPACE) pour la Communauté Économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Même si, à la FOPAO on se plaignait récemment d’une certaine persistance de la « protection des marchés locaux » au sein de la CEDEAO.

Au niveau régional, les organisations patronales nationales sont regroupées dans Business Africa (ancienne Confédération patronale des employeurs, section régionale de l’Organisation Internationale des Employeurs, OIE) (...)

Ainsi, cette partie du patronat africain, celui des multinationales africaines, est très intéressée par l’intégration économique de l’Afrique sous la forme d’un marché unique, la zone de libre échange continentale (ZLEC), projet initié en 2012 par l’Union Africaine et qui devait être effectif en 2017, mais accuse un certain retard. C’est aussi pour ne pas prolonger ce retard que certaines de ces multinationales |30|, ayant apparemment le vent en poupe, ont créé le Club AfroChampions (présidé par Aliko Dangote et co-présidé par l’ancien Chef d’État sud-africain et chantre de la Renaissance africaine, Thabo Mbeki). Cette partie de la classe dominante africaine se veut, d’une certaine façon, panafricaniste, un panafricanisme clairement capitaliste : avoir un poids important sur le marché africain, voire y acquérir une position dominante. Sans toutefois s’y limiter.

En effet, en dépit du recours à une adaptation pour l’Afrique de la définition d’une multinationale, quelques entreprises africaines ont dépassé les frontières continentales, en investissant en Europe, en Amérique, en Asie, en Océanie. L’Afrique ne fait donc pas que recevoir des investissements directs étrangers, elle en est aussi un point de départ, même si les sorties sont inférieures aux entrées. (...)

"S’il est souvent question, par exemple, des investissements chinois ou indiens en Afrique, on entend beaucoup moins parler des investissements africains en Chine." (...)

Des membres de ladite classe ainsi que ses idéologues ne cessent d’évoquer la création d’emplois qui accompagne son supposé essor, comme dans la citation faite plus haut présentant les entreprises africaines comme « la 2e source de création d’emplois sur le continent » (...)

ce n’est ni par patriotisme, ni par humanisme que les entrepreneur•e•s privé•e•s créent des emplois, mais pour l’accumulation des richesses, du capital. Posséder du capital ne suffit pas, pour qu’il produise de l’enrichissement il faut exploiter de la force de travail, dans la production industrielle comme dans le BTP, même dans les télécoms et le secteur financier, il faut des employé•e•s faisant vivre l’entreprise – en attendant le temps très peu probable de la robotisation intégrale –, dans le commerce aussi |43|. Ce sont les travailleurs/travailleuses qui produisent la richesse, non pas les détenteurs/détentrices du capital seul•e•s avec leurs capitaux (bâtiments et machines compris). Une évidence de plus en plus oubliée.

Cette exploitation du travail, dont dépend cette classe dominante, s’accomplit actuellement dans le cadre néolibéral établi par les programmes d’ajustement structurel des années 1980-1990, comprenant, entre autres, la “réforme” des codes ou législations du travail, aux dépens des travailleurs/travailleuses, au profit des “investisseurs”, du patronat. Une flexibilisation poussée du travail antérieure et de même nature que celle que vient de consolider en France le gouvernement d’Emmanuel Macron, à la suite de celui de François Hollande, sans, malheureusement, avoir rencontré de véritable résistance. Pire, les relations de complicité, de corruption, d’identité de classe, entre les investisseurs privés et les gouvernant•e•s, voire la corruption devenue ordinaire des directions syndicales, favorisent la violation de ces dispositions légales pourtant déjà à l’avantage du patronat. Mais, celui-ci semble ne pas en avoir assez, comme l’exprime régulièrement le Forum économique mondial de Davos, concernant l’Afrique du Sud, avec sa législation du travail supposée rigide – en dépit de la tragédie de Marikana |44|. Celles et ceux qui célèbrent ces entrepreneur•e•s millionnaires et milliardaires, oublient toujours de dire que celles-ci/ceux-ci le sont parce qu’elles/ils pratiquent, entre autres, la surexploitation de leurs ouvrier•e•s et employé•e•s. (...)

"Des luttes se développent en Afrique pour une réduction de l’exploitation. Selon l’édition 2017 des Perspectives économiques en Afrique, « plus de 3 600 protestations civiles motivées par des considérations économiques et politiques ont été recensées […] entre 2011 et 201" (...)

Il n’est pas rare d’entendre des explications mystiques de la victoire de tel candidat à telle élection (de la présidentielle à la municipale), de la nomination à tel poste de direction, du caractère inébranlable de telle clique financièrement prédatrice et particulièrement répressive au pouvoir ou du succès en affaires de tel richissime. Ainsi, prévaut dans certains palais et gouvernements africains, voire liés les uns aux autres, une franc-maçonnerie syncrétique, la franc-maçonnerie étant ainsi assimilée populairement à une sorte de sorcellerie avec ses envoûtements et des sacrifices humains pour se protéger ou réussir dans les affaires que montrent des films de Nollywood. Il n’est donc pas surprenant que l’on trouve dans cette classe dominante africaine des pasteur•e•s néo-pentécôtistes ou néo-évangélistes exorcistes, bénisseur•e•s qui sont en même temps des entrepreneur•e•s millionnaires. Leur influence dans les sociétés africaines à forte population chrétienne est bien pire aujourd’hui qu’au temps où Nkrumah dénonçait « l’évangélisme » comme étant « peut-être une des méthodes les plus insidieuses employées par le néo-colonialisme » (Le néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme).

La question des inégalités sociales est ramenée au niveau individuel. La sortie de la pauvreté est une question individuelle, de foi individuelle, l’enrichissement matériel ou pécuniaire étant une bénédiction divine, selon le courant de l’Église de la prospérité. L’organisation collective pour lutter contre les inégalités sociales, les injustices sociales, est ainsi hors de question. Quand bien même il apparaît que la dynamique des conversions, plus massive à partir des années 1980-1990, est liée à la crise sociale, aux incertitudes de l’avenir, à la fragilité de certaines positions dans des sociétés se caractérisant par ailleurs par des subjectivités corsetées – en mal d’expression plus autonome – et sont touchées par la publicité du consumérisme, illustré par l’ostentation de la richesse matérielle par certain•e•s pasteures. Le magazine états-unien Forbes a aussi sa liste de pasteur•e•s évangélistes africain•e•s millionnaires.

La même détresse est facteur d’augmentation de la dévotion parmi les musulman•e•s, dont les médias semblent ne s’intéresser qu’à l’infime minorité qui passe à la violence armée djihadiste, de la Somalie à la Tunisie en passant par le Nigéria. (...)

Alors qu’en général, les autorités religieuses musulmanes dont certaines appartiennent aussi à la classe dominante, en plus d’être des leaders d’opinion, ne sont pas, évidemment, favorables à une critique du capitalisme, au-delà de celle de certaines de ses mœurs, considérées comme relevant de la supposée culture occidentale plutôt que de la dynamique culturelle du capital ou du pouvoir de l’argent – qu’elles ne peuvent critiquer comme tel, eu égard aux liens historiques entre islam et commerce. Amalgamant ces mœurs avec celles des luttes d’émancipation humaine en général, des femmes en particulier. Cette rencontre du religieux et du capital qu’incarne assez bien Sanusi Lamido Sanusi, l’actuel émir de Kano, ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigeria et actuel président du conseil d’administration de Black Rhino, la branche africaine du premier fonds d’investissement mondial Blackstone, un “fonds vautour” |71|. On peut en dire autant des chefs/rois et reines “traditionnel•le•s” dont certain•e•s descendent (biologiquement) des entrepreneurs de la capture pendant la traite négrière évoqués au début. (...)

Ce n’est ni du capitalisme africain, ni de celui de nouvelles puissances du Sud, dites émergentes, ni des transnationales d’origine extra-africaine, dominantes, que l’on peut attendre l’émancipation des peuples africains de la domination, des diverses oppressions. Mais des luttes actuellement menées pour une réduction de l’exploitation et des oppressions articulées aux projets de sortie du capitalisme, socialement nocif, écocide et reproducteur d’anciennes oppressions. Ainsi, le caractère panafricain de certaines entreprises africaines et la présence des transnationales d’origine extra-africaine sont une opportunité à saisir pour la construction des solidarités, des luttes communes de leurs exploité•e•s en Afrique, voire d’ailleurs aussi.