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Retour des sans-papiers en Algérie : l’appel du président Tebboune n’entraînera sans doute pas de "retour massif" des jeunes
#Algerie #migrants #immigration #emigration
Article mis en ligne le 19 janvier 2026
dernière modification le 16 janvier 2026

Le président algérien appelle ses ressortissants en "situation irrégulière" et "précaires" à l’étranger à revenir en Algérie. Une annonce "symboliquement forte", explique la chercheuse Kinda Benyahia, spécialiste de l’Algérie, alors que la loi algérienne punit les ressortissants qui ont fui le pays. Mais "le crédit à accorder à ces déclarations doit rester mesuré", précise la spécialiste, car cet appel n’entraînera sans doute pas un "retour massif" des jeunes dans leur pays. Explications.

(...)
Dimanche 11 janvier, lors d’un Conseil des ministres auquel il assistait, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé la promulgation d’un décret visant à régulariser les migrants en "situation irrégulière" et "précaires" à l’étranger "n’ayant commis aucune infraction majeure dans les pays hôtes". Selon un communiqué officiel, ces migrants irréguliers "pourront rentrer sans crainte à Alger".

Sans crainte ? Car depuis depuis 2009, la loi algérienne prévoit des sanctions contre les Algériens qui ont fui le pays. "S’ils rentrent, ils ne risquent rien", promet le gouvernement algérien "à condition qu’ils s’engagent à ne pas récidiver", précise le document officiel. "Ces jeunes se trouvent aujourd’hui loin de leur patrie, de leurs proches et de leurs amis, souffrent de pauvreté extrême et de misère, et sont réduits à exécuter des tâches humiliantes, tandis que certains sont instrumentalisés contre leur pays", peut-on lire dans le communiqué. (...)

"Ces jeunes ont quitté l’Algérie au péril de leur vie dans l’espoir d’améliorer leurs conditions d’existence", explique encore la chercheuse Kinda Benyahia. "Leur projet migratoire repose avant tout sur la recherche d’un avenir économique et social plus stable".

Alors les jeunes Algériens seront-ils sensibles à cette main tendue par leur président ? Rien n’est moins sûr, avance-t-elle. "Si le président Tebboune affirme que la situation économique s’améliore en Algérie et que le pays est engagé dans une dynamique de développement, ces discours restent, pour beaucoup, insuffisants en l’absence de mesures concrètes."

Seuls les auteurs "de crimes de sang, de trafic de drogue et d’armes, ainsi que toute personne ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers dans le but de porter atteinte à sa patrie" sont exclus de cette amnistie, conclut le communiqué.

"Crédit mesuré"

Pour la chercheuse Kinda Benyahia, spécialiste de l’Algérie à l’université Bordeaux-Montaigne, ce "geste de conciliation" à l’égard de ces jeunes Algériens constitue "une initiative symboliquement forte", explique-t-elle à InfoMigrants. "Cependant, le crédit à accorder à ces déclarations reste mesuré. Les modalités précises du décret annoncé, son champ d’application et son articulation avec la législation existante ne sont pas encore clairement établis." (...)

Depuis des années, Paris reproche en effet à Alger de ne plus délivrer ces laissez-passer consulaires, sésames indispensables pour procéder à l’éloignement des ressortissants sans-papiers - et sans passeports.

Les Algériens sous OQTF représentent le plus gros contingent de personnes dans les centres de rétention administrative (CRA) en France, en vue de leur expulsion. En 2024, l’association La Cimade rappelait que l’écrasante majorité des retenus étaient maghrébins (...)