Passage obligé avant de rejoindre des pays d’Europe de l’Ouest, la Bulgarie demeure avant tout un pays de transit sur la route migratoire. Pourtant, de nombreux exilés y sont enregistrés comme demandeurs d’asile - et sont dublinés en conséquence. Pourquoi et comment y déposent-ils leurs demandes ? Explications et reportage.
À peine le pied posé sur le sol européen, Sohrab a été appréhendé par les autorités bulgares et placé au centre de détention pour migrants de Busmantsi. C’est souvent le cas pour les exilés interpellés sans documents d’identité sur eux. Pour ne pas y rester des mois ni être menacé d’expulsion, Sohrab a déposé une demande d’asile dans ce centre : "Je n’avais pas le choix". Il en est ressorti libre au bout de 14 jours.
Postes de police, centres de détention, centres d’enregistrement : trois lieux pour déposer sa demande d’asile
S’il existe une procédure officielle claire d’enregistrement des demandes d’asile, les ONG observent souvent des changements de pratiques, surtout dans les zones frontalières. Pour résumer, à l’heure actuelle, une fois arrivés en Bulgarie, les migrants peuvent se faire enregistrer comme demandeurs d’asile dans trois types de lieux : les postes de police à la frontière, les centres de détention, et les centres d’accueil et d’enregistrement.
"Même s’ils atteignent par eux-mêmes des centres pour demandeurs d’asile, beaucoup de migrants sont envoyés dans un premier temps dans des centres de détention. Ils y passent des contrôles de sécurité, obtiennent une autorisation de circuler de la police... Et y déposent leur demande d’asile", nuance d’ores et déjà Diana Radoslavova de l’ONG Voice in Bulgaria.
Pour rappel, les centres de détention sont initialement créés pour maintenir les déboutés de l’asile en vue de leur expulsion. Les conditions d’enfermement y sont rudes, selon plusieurs témoignages recueillis par InfoMigrants. Pour une personne qui vient d’arriver sur le sol bulgare, comprendre ce qui se joue n’a donc rien d’évident. (...)
"Je me sens comme un ballon de foot : chacun me donne un coup de pied et personne ne veut de moi"
D’après les statistiques de l’Agence d’État pour les réfugiés, en 2023, 22 518 demandes d’asile ont été déposées. Seules 106 statuts de réfugiés ont été délivrés, tandis que 5 862 protections subsidiaires ont été accordées. Soit un taux de protection de 26 %. Peu ou prou les mêmes statistiques qu’en 2022. (...)
Reste que la plupart des migrants enregistrés comme demandeurs d’asile en Bulgarie n’attendent même pas la réponse des autorités. Il s’agit à leurs yeux d’un simple pays de transit. Un passage obligé, avant de poursuivre leur route vers des pays d’Europe de l’Ouest où se trouvent de la famille, ou de meilleures perspectives de travail et d’insertion. (...)
Le parcours de Sohrab, l’ancien militaire afghan, est à cette image. Dès sa sortie du centre de détention de Busmantsi, les autorités l’avaient transféré au centre d’accueil et d’enregistrement de Ovcha Kupel, à Sofia.
Un mois après, l’Afghan quittait déjà la Bulgarie pour poursuivre sa route : Serbie, Croatie, Italie... Jusqu’en Suisse, sa destination finale. Mais en 2023, après sept mois passés là-bas, Sohrab a été renvoyé en Bulgarie dans le cadre du règlement Dublin. Il avait laissé ses empreintes à Busmantsi. (...)
Le revoilà donc dans les rues de Sofia. Depuis son retour, les autorités bulgares ont repris l’étude de son dossier... Et répondu négativement à sa demande d’asile, anciennement enregistrée. Sohrab est en plein recours judiciaire. (...)
Pacte européen : vers un tri accéléré à la frontière ?
Le droit d’asile en Bulgarie risque de devenir plus chaotique encore, dans les années à venir. Courant 2023, un projet pilote européen a été testé au centre de transit de Pastrogor. Tout proche de la frontière avec la Turquie, ce centre est situé dans un hameau isolé de tout. Pour aller retirer de l’argent ou faire quelques courses, les exilés doivent marcher pendant deux heures le long d’une route dangereuse jusqu’à la ville la plus proche, Svilengrad. (...)
le pacte migratoire européen, qui vise à accroître ce type de procédures de filtrage accéléré aux frontières extérieures de l’UE, ouvre la possibilité de maintenir en rétention ces personnes... Précisément pour éviter de telles fuites. Les mineurs pourraient ne plus en être protégés. (...)
Porte d’entrée de l’Europe, la Bulgarie, dont le gouvernement planche actuellement sur un plan national d’application du nouveau pacte européen, va se trouver en première ligne du sujet.