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Racisme : les hommages à Brigitte Bardot divisent les défenseurs des animaux
#BrigitteBardot #racisme #animaux #extremedroite
Article mis en ligne le 2 janvier 2026
dernière modification le 31 décembre 2025

Plusieurs associations de défense des animaux ont rendu hommage à Brigitte Bardot en occultant sa proximité avec l’extrême droite. Une « honte » pour des militants antispécistes : « Être défenseur des animaux et raciste n’est pas compatible. »

« N’avez-vous pas honte ? » questionne dans un post Instagram la défenseure des océans Claire Nouvian. Elle s’adresse au journaliste animaliste Hugo Clément qui, dans son hommage à Brigitte Bardot, décédée le 28 décembre, occulte sa proximité avec l’extrême droite. « Écologie ou barbarie : il faut choisir », écrit-elle.

Dans les commentaires, certains remercient Claire Nouvian, d’autres s’indignent contre ce qu’ils qualifient d’attaque envers une figure de la protection des animaux. Peut-on saluer l’engagement de Brigitte Bardot sans parler de ses condamnations pour propos racistes, sa proximité avec la famille Le Pen, ses déclarations homophobes et son soutien à des acteurs accusés de viol ou d’agressions sexuelles ? C’est la question que se posent les défenseurs des animaux depuis la mort de la star, âgée de 91 ans. (...)

certains, comme le collectif 269 Libération animale, assument de ne rendre aucun hommage. « Elle n’a jamais été un modèle pour nous. Être défenseur des animaux et raciste n’est pas compatible », dénonce Tiphaine Lagarde, présidente du collectif.

Scission des antispécistes

Pourquoi des associations opposées à l’extrême droite restent-elles muettes dans leur hommage ? « Je vois plusieurs raisons, tente d’expliquer Florence Dellerie, militante antispéciste qui avait été à l’origine, en juin 2024, de la tribune Antispécistes contre l’extrême droite. La peur de perdre des donateurs et donatrices et des adhérents et adhérentes ; le lien affectif, car il y a toujours des réticences à émettre des critiques envers une telle icône ; et puis il y a un manque de culture antiraciste. On minimise la portée de ses propos. »

Cette tolérance envers les discours racistes reflète aussi le fait « que ces idées sont omniprésentes dans la société », déplore le chercheur spécialiste de l’écofascisme Antoine Dubiau. (...)

Des hommages omettant le racisme (...)

Aymeric Caron, député fondateur du parti animaliste Révolution écologique pour le vivant, a lui tenté de séparer la protectrice des phoques de ses accointances politiques. « C’est en effet possible de lui rendre hommage pour son immense action pour les droits des animaux, qu’on ne peut occulter, tout en mettant de côté pour quelques heures ses sorties inacceptables sur le reste », a-t-il tenté d’expliquer sur X. Et de rappeler qu’il combat « inlassablement le racisme et l’extrême droite, publiquement, politiquement, depuis toujours ».

« Être défenseur des animaux et raciste n’est pas compatible »

D’autres associations, elles, ont préféré rester discrètes. C’est le cas de L214, qui n’a pas publié d’hommage sur les réseaux sociaux. « On peut reconnaître son engagement pour les animaux, qu’elle a eu à une époque où c’était largement perçu comme une sensiblerie, de ses propos racistes et homophobes qui vont totalement à l’encontre des valeurs de L214 », dit Brigitte Gothière à Reporterre.

Autre stratégie pour ne pas trop se mouiller, One Voice a préféré repartager l’hommage de l’association Peta dans une story — publication temporaire — sur Instagram, plutôt que d’écrire un texte élogieux. L’association avait clairement pris position contre l’extrême droite en 2024 (...)

C’est donc au sein du mouvement antispéciste, prônant une égale considération pour tous les humains et animaux, qu’on trouve la critique la plus virulente envers Brigitte Bardot. « Son engagement était spéciste, explique ainsi Florence Dellerie. Elle se préoccupait des chevaux, des chats, des chiens. Mais elle mangeait des poissons. J’ai lu dans certains hommages que son engagement pour les animaux était contradictoire avec sa haine de certains humains. Au contraire, pour moi, c’est cohérent. Elle opérait un tri entre les humains de la même manière qu’elle a opéré un tri entre, par exemple, les poissons et les autres animaux. »

L’oppression des humains et des animaux relève d’une même « animalisation », a ainsi théorisé la sociologue Kaoutar Harchi dans son ouvrage Ainsi l’Animal et nous (Actes Sud, 2024). De même que les animaux, certains pans du « groupe humain » peuvent être « conquis, dressés, encagés, enfumés, dévorés, faits marchandises, etc. », à partir de justifications basées sur « la race, le genre, les sexualités, l’appartenance de classe, etc. », écrit-elle dans un courriel à Reporterre. « Que Brigitte Bardot porte aux nues “les animaux” tout en traitant de “sauvages” les populations racisées, dit bien cette reconfiguration du spécisme et du racisme, à des fins racistes. »

Pour combattre cette tendance, une seule solution selon Tiphaine Lagarde, de 269 Libération animale : traiter la cause animale comme « une question politique, qui doit se positionner contre l’extrême droite ».