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Affordance, le blog d’un maître de conférences en sciences de l’information.
Pourquoi il ne faut pas interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (mais réfléchir à interdire CNews aux adultes avec le droit de vote).
#reseauxSociaux #Australie #France #enfants #plateformes
Article mis en ligne le 4 février 2026
dernière modification le 2 février 2026

(...) l’idée même d’une interdiction ou d’un couvre-feu est totalement idiote. Non pas que l’impact des médias sociaux sur les enfants et les adolescents soit nul, non pas qu’il faille le minorer, non pas que lesdits réseaux sociaux soient exempts de problèmes et ne causent aucune situation de souffrance ou de dépendance corrélées à des situations sans lien direct avec l’usage ou le non-usage des écrans ; mais cette interdiction telle qu’elle est imaginée aujourd’hui et au regard des dispositifs, des habitus technologiques partagés mais aussi de leurs failles inhérentes, cette interdiction porte en elle l’ensemble des possibilités de contournement qui seront (et sont déjà) à l’oeuvre pour s’en défaire et la rendre au mieux inopérante et au pire totalement contre-productive. Dans le seul pays (démocratique) qui l’a voté et tente de l’appliquer (l’Australie), les adolescents concernés détournent déjà les dispositifs de reconnaissance faciale supposés certifier l’âge. Et sur un autre sujet, depuis que l’on a interdit l’accès aux mineurs aux mastodontes du porno que sont Youporn ou Pornhub, on a vu croître et se multiplier les sites pornographiques se soustrayant à l’obligation de vérification d’âge et encore plus immondes en termes de violence de contenu et de pratiques que les deux sus-nommés.

(...) la seule chose qui est aujourd’hui démontrée, documentée et établie, et il faut donc encore une fois le marteler, c’est que les plateformes de médias sociaux sont non seulement parfaitement au courant des nuisances qu’elles produisent, mais qu’elles sont aussi parfaitement en capacité de les limiter voire de les réduire à néant (en cassant les chaînes de contamination virales, en supprimant la visibilité de certaines métriques, en embauchant en nombre suffisant des modérateurs, etc.). Et qu’elles ne le font pas parce que ce n’est pas bon pour leur modèle d’affaire. Et qu’après les industries du pétrole et du tabac, elles entretiennent de manière cynique et criminelle le troisième grand mensonge de notre modernité. (...)

Ce ne sont pas « les médias sociaux » qui maintiennent à l’antenne un pédocriminel (Morandini) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui donnent libre antenne à une personnalité politique multi-condamnée notamment pour complicité de provocation à la haine (Zemmour) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui font d’un gigot mal cuit la source d’un complot du monde musulman autour de la nourriture Halal ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui laissent sans sourciller à l’antenne et en présence de journalistes, le fils d’un chasseur de Nazis parler de la nécessité d’établir aujourd’hui des rafles de population immigrée (Klarsfeld) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui face à des images de l’ICE assassinant à bout portant des citoyens américains reprennent mot à mot les éléments de discours de l’administration Trump qui sont à l’opposé de l’évidence des faits et des images les documentant. (...)

Il est de toute évidence éminemment urgent et nécessaire d’astreindre les plateformes de médias sociaux à des régulations limitant leur pouvoir de nuisance. Et chacun sait aujourd’hui exactement comment faire. Tout comme chacun se rend aujourd’hui compte qu’il n’est qu’une seule et unique manière d’y parvenir. Tout cela aussi je l’ai déjà écrit, dit, expliqué. Il faut que l’ensemble de ces plateformes de médias sociaux soient reconnues comme pleinement éditrices des contenus qu’elles portent. Et il faut en finir avec l’hypocrisie du statut d’hébergeur qui continue aujourd’hui de leur être accordé. (...)

qui peut aujourd’hui sérieusement prétendre que Facebook, Instagram, X, TikTok et les autres n’ont pas un rôle actif dans la circulation des contenus hébergés, et que ces plateformes n’auraient ni connaissance ni contrôle sur les données et contenus stockés ? (...)

Il faut avoir et garder un élément en tête. Jamais les grandes plateformes de médias sociaux ne renonceront à capter ce public adolescent et même enfantin. Jamais. Pour une raison simple : c’est là leur dernier levier de croissance. Et c’est le seul (...)

Voir aussi (video France Inter 14’12)

 (la quadrature du net)
L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est-elle irréalisable ? (21/01/2026)

Le gouvernement français souhaite interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, mais les moyens techniques pour y parvenir font débat. (...)

 Lire aussi :

 (Projet Arcadie)
Vérification de l’âge sur les réseaux sociaux : un texte mort-né

Après un débat d’une rare absurdité technique, les députés ont adopté la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux, déposée par plusieurs députés du groupe EPR dont Laure Miller.

Ce texte se voulait être une réponse au rapport de la commission d’enquête sur les effets de TikTok, à savoir, imposer un contrôle de l’âge des utilisateurs sur les réseaux sociaux, pour s’assurer qu’ils ont au moins quinze ans.
Une fausse urgence

Gabriel Attal sera candidat pour l’élection présidentielle de 2027 et souhaite s’affranchir de la tutelle d’Emmanuel Macron. Pour cela, il a poussé ce texte, le président de la République ayant fait de ce sujet l’un de ses chevaux de bataille. (...)

L’objectif est donc de cocher une case, notamment pour rassurer les parents, sans avoir à ajouter des lignes de crédits au budget général, que ce soit dans les crédits de l’Éducation nationale, de la Santé, de la Jeunesse ou des Sports. Car, c’est bien sous l’angle de la santé publique que le texte a été défendu dans la soirée du lundi 26 janvier 2026. Pour protéger les enfants des réseaux sociaux, il faut imposer une limite d’âge d’accès.

Néanmoins, les ambitions présidentielles d’Attal ont été contrecarrées par un avis du Conseil d’État. (...)

Le Conseil d’État : l’empêcheur de légiférer en rond

Le texte examiné par les députés en séance publique n’était pas du tout le même que celui d’origine. En cause : un avis du Conseil d’État, sollicité par Laure Miller, qui est venu casser la dynamique. Ainsi, le couvre-feu numérique imaginé au départ a disparu du texte.

Mais, tous les écueils n’ont pas été écartés. Ainsi, il n’y a pas vraiment de définition de ce qu’est un réseau social ni de renvoi vers les définitions du droit communautaire.

Le texte ne comporte pas non plus de garde-fous, pourtant recommandés. Il concède que la surconsommation des écrans par les plus jeunes est un problème, que si les États peuvent imposer un âge à partir duquel on peut avoir accès à un réseau social, « mais ne peuvent pas imposer d’obligations supplémentaires aux plateformes en ligne ».

Et c’est bien le nœud du problème. (...)