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press reader/l’Humanité Magazine
Pour Bap­tiste Roger-Lacan, « La déca­dence est une notion struc­tu­rante de l’extrême droite »
#extremedroite
Article mis en ligne le 7 février 2026
dernière modification le 5 février 2026

Le livre col­lec­tif « Nou­velle His­toire de l’extrême droite » ana­lyse les res­sorts et les idées des prin­ci­paux cou­rants de l’extrême droite française, depuis la contre-révo­lu­tion, fin du XVIIIe siècle, jusqu’à nos jours. Entre­tien avec le direc­teur de l’ouvrage,

Marine Le Pen lâche régu­liè­re­ment cette phrase, avec un grand sou­rire : « Je ne suis pas d’extrême droite. » Avant elle, son père menaçait qui­conque qua­li­fiait ainsi le Front natio­nal de pour­suites judi­ciaires. L’appel­la­tion est un stig­mate dont per­sonne, ou presque, dans l’his­toire ne s’est réel­le­ment reven­di­qué. « Cela com­plexi­fie le tra­vail du cher­cheur », remarque Bap­tiste Roger-Lacan. En diri­geant l’ouvrage col­lec­tif « Nou­velle His­toire de l’extrême droite » (Seuil, 2025), l’ensei­gnant à l’Ins­ti­tut catho­lique de Paris et à Sciences-Po a tou­te­fois entre­pris, en fai­sant appel à 14 spé­cia­listes issus de divers champs dis­ci­pli­naires, de défi­nir cette famille poli­tique en France. Les mar­queurs, les points com­muns qui forment une conti­nuité quels que soient les cou­rants mul­tiples et les époques (...)

L’extrême droite se défi­nit aussi par la défense d’une hié­rar­chie contre le prin­cipe d’éga­lité (...) tous les hommes ne sont pas égaux. Elle porte éga­le­ment une concep­tion de la com­mu­nauté à la fois exclu­sive et défen­sive. Celle-ci passe par l’iden­ti­fi­ca­tion de groupes décrits comme des para­sites qui, par leur simple exis­tence, mena­ce­raient la sur­vie du groupe. C’est ce méca­nisme qui conduit au racisme et à l’anti­sé­mi­tisme, mais aussi à l’anti­maçon­nisme, à l’anti­pro­tes­tan­tisme jusqu’au début du XXe siècle, puis à l’anti­com­mu­nisme à par­tir de l’entre-deux-guerres. Tous ces groupes sont alors pré­sen­tés comme des para­sites cher­chant à asser­vir la nation française.

Le mot « déca­dence » revient régu­liè­re­ment dans votre ouvrage.

La pen­sée de la déca­dence et celle du déclin sont struc­tu­rantes à l’extrême droite. (...)

l’empire colo­nial, et notam­ment l’Algé­rie française, devient un ter­rain d’expé­ri­men­ta­tion pour les forces d’extrême droite. D’ailleurs, toutes les orga­ni­sa­tions créées par Vichy fonc­tionnent à plein en Algé­rie.

En quoi les années 1990 marquent-elles un tour­nant dans cette his­toire ?

Comme le sou­ligne Marta Lori­mer, cher­cheuse et autrice, dans le livre, le tour­nant s’amorce en réa­lité dès le milieu des années 1980, lorsque le Front natio­nal fait évo­luer son dis­cours sur l’Europe, jus­quelà pré­sen­tée comme un ensemble civi­li­sa­tion­nel à défendre contre la menace com­mu­niste, et adopte une pos­ture plus cri­tique envers la construc­tion euro­péenne. (...)

La fin de la guerre froide, dans les années 1990, ren­force ce dépla­ce­ment. L’ennemi sovié­tique dis­pa­raît ; la logique d’union occi­den­tale contre un adver­saire com­mun perd de sa force mobi­li­sa­trice. Dans ce nou­veau contexte, l’oppo­si­tion à l’Union euro­péenne devient une constante du parti et se dur­cit à mesure que l’inté­gra­tion s’appro­fon­dit (...)