Début novembre, un exilé syrien a été touché par une balle dans le dos à la frontière avec la Biélorussie, après un coup de feu tiré par un soldat polonais. Le même jour, un autre migrant, syrien, a été retrouvé mort dans la même zone forestière. Il était recherché depuis plus d’une semaine par sa famille et des associations polonaises.
(...) Un homme d’origine syrienne a été touché d’une balle dans le dos par un soldat polonais, alors qu’il traversait la frontière avec la Biélorussie. Il a été hospitalisé après l’incident le vendredi 3 novembre à l’hôpital de Hajnówka, "la balle étant restée coincée dans sa colonne vertébrale", a révélé Piotr Czaban, humanitaire qui couvre les incidents dans la zone.
L’ONG polonaise Grupa Granica, en contact avec le blessé, a relayé sa version des faits. Ce jour-là, cet exilé de 22 ans traverse la frontière avec d’autres Syriens. À environ 9 km de celle-ci, "il a entendu un cri, et juste après, un coup de feu". Il reçoit alors une balle dans le dos, puis entend "trois autres coups de feu".
Les autres personnes du groupe s’enfuient. Laissé seul dans la forêt, le Syrien blessé est rejoint au bout de plusieurs minutes par des soldats polonais qui appellent une ambulance. Il est ensuite conduit à l’hôpital dans état grave, mais stable. (...)
De leur côté, les autorités polonaises confirment l’information. "Il s’agit d’un malheureux accident" provoqué par le "trébuchement" du soldat (...)
Une enquête est en cours pour déterminer les causes de l’incident. Le soldat soupçonné d’avoir tiré le coup de feu risque une peine de trois à huit ans de prison, selon la gravité des blessures.
En septembre, les garde-frontières biélorusses – régulièrement accusés de violences envers les exilés – ont accusé leurs homologues polonais de tirer à balles réelles sur les migrants. "Pour faire peur aux gens, les militaires polonais ont dirigé leurs armes sur les réfugiés et tiré au-dessus de leurs têtes", ont-ils affirmé sur Telegram. "L’usage par des militaires étrangers d’armes à la frontière constitue les prémices extrêmement dangereuses d’un conflit frontalier". (...)
Dimanche 22 octobre, un énième exilé est mort dans la même zone. Il faisait partie d’un petit groupe ayant traversé la frontière via un trou dans la clôture. "Dès que les patrouilles polonaises les ont vu, elles ont commencé à leur courir après, raconte Grupa Granica. Un des hommes est resté coincé dans un marécage. Les garde-frontières ont réussi à l’en sortir, mais il était très épuisé. Il est mort avant l’arrivée de l’ambulance".
"Jeté par-dessus la clôture en sous-vêtement"
D’après les associations polonaises, 52 personnes sont mortes à la frontière depuis l’été 2021, lorsque les premiers groupes de migrants ont traversé la zone. En deux ans, des milliers d’exilés originaires d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie et d’Afrique sont arrivés en Pologne via la Biélorussie voisine. Refoulés par les garde-frontières polonais d’un côté, et empêchés par les autorités biélorusses de rebrousser chemin, beaucoup de ces migrants, dont des familles avec enfants, se retrouvent régulièrement coincés dans la forêt, au milieu des marécages.
Depuis le début de l’année 2023, les autorités polonaises ont comptabilisé 24 000 tentatives de passage à la frontière.
De chaque côté de ce territoire, séparé depuis l’été 2022 par un mur de fer surmonté de barbelés, les migrants subissent coups et humiliations des garde-frontières.