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Mediapart
« On ne veut pas de guerre fratricide » : à Montreuil, les divisions du Nouveau Front populaire inquiètent
#LFI #frontpopulaire
Article mis en ligne le 19 juin 2024
dernière modification le 18 juin 2024

Lors d’un meeting organisé par des personnalités issues de la société civile en soutien au Nouveau Front populaire, dans la circonscription d’Alexis Corbière, les tensions au sein de La France insoumise ont refait surface.

(...) « Une guerre fratricide au moment où les fachos sont aux portes du pouvoir... Comme si on avait besoin de ça ! » Christophe, militant au Parti de gauche (PG) de longue date, trace sa route après plusieurs heures de meeting en plein air, en face de la mairie de Montreuil, avec une pointe d’amertume. Le 17 juin devait être une fête, ce fut plutôt une crise d’angoisse à effet différé malgré l’affluence de milliers de personnes. (...)

Seulement voilà, la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis est le théâtre d’un des drames de ce début de campagne pour le Nouveau Front populaire (NFP). Le député de La France insoumise (LFI) sortant, Alexis Corbière, en délicatesse avec Jean-Luc Mélenchon, fait partie des « purgés » non-reconduits par le comité électoral du mouvement – comme Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Hendrik Davi. À sa place, c’est la médecin urgentiste Sabrina Ali Benali qui a été investie. Mais Corbière a décidé de maintenir sa candidature.

Deux tracts qui prêtent à confusion sont donc distribués aux abords du meeting : l’un pour Alexis Corbière sous le label « Front populaire ! », avec le soutien du premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, de la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier et des ex-députés LFI Clémentine Autain et François Ruffin ; l’autre pour Sabrina Ali Benali avec le logo officiel du NFP, et le soutien de Jean-Luc Mélenchon. Et les deux équipes militantes prennent bien soin de ne pas se croiser.

L’union prise entre deux feux (...)

Dans la foule, des sympathisant·es se sentent pris entre deux feux : d’un côté, personne ne veut nuire au NFP, de l’autre, la méthode de LFI pour se débarrasser des personnalités qui contestent la ligne de la direction est jugée « dégueulasse ». L’ancien bastion communiste est habitué à ce genre de batailles homériques internes à la gauche. Mais dans le contexte des élections législatives du 30 juin et du 7 juillet, avec le risque concret que le Rassemblement national (RN) remporte la majorité, la querelle fait mauvais genre. (...)

Les forces de gauche avaient réussi un quasi-sans-faute jusqu’à vendredi, quand les investitures de LFI ont été révélées avec leur lot de surprises, qui ont provoqué une onde de choc chez les militant·es. (...)

Un accident de parcours qui navre Karim : « En quelques jours, Macron a réussi à mettre son propre camp K.-O., le parti Les Républicains a implosé, et l’extrême droite va s’effondrer quand elle va dire ce qu’elle va faire ! Dans cette campagne, celui qui ne s’autodétruit pas aura gagné », analyse-t-il ironiquement, comme pour avertir les leaders de la gauche.

Croisé dans la foule avant sa prise de parole sur scène, Manès Nadel plaide aussi pour que les forces de gauche s’érigent au-dessus des querelles de personnes, car à ce jeu-là tout le monde pourrait avoir ses raisons de se plaindre : « On ne va pas commencer à donner notre avis sur la situation à Montreuil, car je pourrais donner aussi celui que j’ai sur Francois Hollande [candidat du NFP en Corrèze – ndlr], sourit-il. Il faut concentrer la pression populaire là où il y a un enjeu politique à faire émerger ce front. » La bataille interne à LFI, qui est aussi une bataille d’influence sur la ligne du NFP, a pourtant surgi, inévitablement, sur scène.
Quand soudain, la guerre des gauches revint

C’est Rima Hassan, juriste franco-palestinienne désormais eurodéputée LFI, qui a mis les pieds dans le plat. « L’union ne peut pas tenir avec le poison distillé de la trahison », a-t-elle déclaré lors d’une prise de parole imprévue, à l’invitation de Mathilde Panot. « Pour la génération à laquelle j’appartiens, il n’y a pas de gauche sans lutte antiraciste et décoloniale. Ce silence est une politique de l’impasse qui nous a fait perdre un cap. À gauche, personne ne doit trembler à l’idée de défendre la Palestine et sa libération, de nommer le racisme systémique et de le dénoncer, d’investir toutes les luttes », a-t-elle ajouté avant d’apporter son soutien à Sabrina Ali Benali, ainsi qu’aux candidats LFI issus des quartiers populaires, dont Aly Diouara qui fait face à Raquel Garrido dans une circonscription voisine, douchant subrepticement l’ambiance du côté des intervenant·es.

Quelques minutes plus tard, François Ruffin a pour sa part apporté son « plein soutien » à son « ami et camarade » Alexis Corbière, présent dans l’assistance, suscitant une levée de boucliers très sonore. (...)

« Mettez-vous d’accord ! On s’en fout de vos carrières ! » (...)

Sur la scène archi-pleine pour la « photo de famille » en fin de meeting, les intervenant·es lancent une Marseillaise bancale. Alexis Corbière est là. Sabrina Ali Benali aussi. Un groupe de militant·es réplique en entonnant L’Internationale. Finalement un clapping au son de « Siamo tutti antifascisti » met tout le monde d’accord.