Mardi 1er octobre, lors de sa déclaration de politique générale, le premier ministre avait semblé acter l’échec de la méthode d’Emmanuel Macron dans le dossier calédonien. Quelques coups de fil et mises au point plus tard, il a été contraint de revoir sa copie.
Michel Barnier a appris à ses dépens que le dossier calédonien nécessite du temps. Et qu’il faut toujours y entrer avec prudence, surtout lorsqu’on se tient aux côtés d’un président de la République qui l’a démoli. Mardi 1er octobre, le nouveau premier ministre a souhaité profiter de sa déclaration de politique générale pour dire « un mot particulier » sur la crise qui secoue l’archipel depuis mi-mai et montrer sa volonté de s’engager « personnellement » sur le sujet.
Le chef du gouvernement a surtout confirmé que le projet de loi constitutionnelle sur le dégel du corps électoral, qui avait mis le feu au territoire au printemps dernier, ne serait pas soumis au Congrès de Versailles (...)
Présent dans l’hémicycle, le député loyaliste Nicolas Metzdorf, qui siège dans le groupe Ensemble pour la République (EPR), a instantanément vu rouge. (...)
L’élu commence alors à s’activer. Il échange avec l’Élysée, fait part de sa colère dans les médias et acte sa décision sur les réseaux sociaux (...)
« J’ai trouvé un président surpris quant à l’annonce de Michel Barnier », dit-il sur France Info. « Je ne pense pas qu’il était au courant, nous répète-t-il ensuite. Il y avait un manque de calage. »
Un changement de ton et de texte
Le lendemain, Michel Barnier répète sa déclaration de politique générale devant le Sénat. Il y aborde de nouveau le dossier calédonien, mais la version est sensiblement différente. Insistant, comme le souhaitait Nicolas Metzdorf, sur l’« engagement [de l’État] à faire face à l’urgence économique et sociale », le premier ministre n’a plus un mot sur le Congrès de Versailles ni sur le report des élections provinciales qu’il avait également annoncé à l’Assemblée nationale.
En revanche, il s’attarde plus longuement sur les contours de la mission menée par le président Les Républicains (LR) du Sénat et son homologue au Palais-Bourbon, la macroniste Yaël Braun-Pivet. (...)
Interrogé sur ce changement de ton et de texte, Matignon indique que le chef du gouvernement « a simplement complété son propos ». L’Élysée ne souhaite pas commenter cet épisode, mais plusieurs sources de l’exécutif confirment toutefois ce que Nicolas Metzdorf a publiquement affirmé : Emmanuel Macron aurait été lui-même surpris que son premier ministre aille si loin, le président de la République étant seul compétent pour convoquer le Congrès de Versailles. (...)
Derrière le problème de « méthode » pointé par certain·es s’agissant de Michel Barnier, c’est surtout celle d’Emmanuel Macron qui pose question. Le chef de l’État n’entend pas laisser à son premier ministre le soin de reprendre la main sur un dossier dans lequel il s’est pourtant fourvoyé. (...)
Si le projet de loi constitutionnelle ne sera effectivement pas soumis au Congrès de Versailles, comme Michel Barnier l’a également confirmé au député indépendantiste Emmanuel Tjibaou dans un courrier en date du 1er octobre, le sujet de l’élargissement du corps électoral reste donc prioritaire pour l’exécutif. (...)
En moins de vingt-quatre heures, Michel Barnier a surtout compris qu’il s’engageait sur une ligne de crête périlleuse. Car pour « retrouver le chemin de l’apaisement et d’une solution institutionnelle et politique en Nouvelle-Calédonie », selon ses propres mots, il n’aura d’autre choix que de rompre avec la méthode désastreuse d’Emmanuel Macron, alors même que celui-ci refuse de se dédire. Et continue d’imposer, depuis l’Élysée, ses vues comme ses rappels à l’ordre.