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l’Humanité
Mineurs réunionnais envoyés de force dans la Creuse : l’Assemblée adopte une loi de réparation pour ces enfants devenus grands
#enfantsReunionnais #assembleeNationale
Article mis en ligne le 10 février 2026
dernière modification le 7 février 2026

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, dans la soirée du mercredi 28 janvier, une proposition de loi portée par la députée GDR Karine Lebon visant à reconnaître et réparer les préjudices subis par les mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Un scandale qui a touché plus de 2 000 enfants.

(...) C’est sous le regard de plusieurs dizaines de ces enfants réunionnais, aujourd’hui adultes, installés dans les tribunes, que le texte a été débattu. La proposition de loi préconise la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire.

« Rendre ce qui peut l’être » (...)

Le texte rebaptise enfin ces victimes « mineurs de la Réunion transplantés » plutôt qu’« enfants de la Creuse » – le département ayant accueilli le plus grand nombre d’entre eux. « Le choix d’ouvrir un droit à réparation n’est pas une consolation mais une reconnaissance nationale, a estimé Karine Lebon. Réparer ne signifie pas tourner la page, mais rendre ce qui peut l’être. »

Entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs ont été déplacés de la Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux, dans le cadre de ce projet aux relents coloniaux. Seuls 200 à 250 d’entre eux ont été clairement identifiées, prévenait Karine Lebon en commission. (...)

Cette politique visait – officiellement – à répondre au doublement de la population réunionnaise en trente ans et à repeupler des zones rurales. « On leur disait : « Votre enfant reviendra vous voir tous les ans et il reviendra avocat, médecin, pilote. » Évidemment, il n’en était pas question », a rappelé Karine Lebon.

« L’arrachement à la famille et au pays, le départ, les conditions du voyage, les mensonges, les souffrances… Il y a ces manques qui ne seront pas comblés, ces questions qui resteront sans réponses, ce déchirement, ce vide que toutes et tous associent à leur histoire personnelle, fustigeait l’ex-députée GDR et réunionnaise, Huguette Bello, lors d’une intervention dans l’Hémicycle, en février 2014. Et puis il y a ce combat difficile qu’ils ont entrepris de mener depuis plusieurs années, devant les tribunaux, dans les ministères, à la Cour de Justice européenne. Pour faire reconnaître leur histoire, pour l’extraire du silence, et pour obtenir réparation des préjudices qu’ils ont endurés. »

Maltraitances et humiliations

Victimes d’un rapport colonial toujours prégnant à l’outre-mer, ces enfants ont été confrontés à un « choc culturel, linguistique et climatique », résume le rapport de la commission des Affaires sociales. Ce dernier ajoute que beaucoup ont subi maltraitances et humiliations, certains ayant aussi connu un changement d’état civil et ignorant encore leur vrai nom. (...)

« Nous sommes tellement émus aujourd’hui, a réagi celle qui est devenue présidente de la Fédération des enfants déracinés des Drom, auprès de l’AFP. On s’est déplacés de La Réunion et de toute la France hexagonale, car on voulait entendre ce oui, qui va enfin nous apaiser. » (...)