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Mayotte : "Dans les ’bangas’, les gens ont peur mais ils ne vont pas rester cachés, ils vont mourir de faim sinon"
#Mayotte #cyclone #migrants #immigration
Article mis en ligne le 21 décembre 2024
dernière modification le 20 décembre 2024

Six jours après le passage du cyclone Chido, Desire (prénom d’emprunt), une mère de famille burundaise de 42 ans sans-papiers, raconte que la soif et la faim l’ont poussée à sortir de son appartement du quartier de Cavani, à Mamouzou, dévasté, pour aller chercher de l’eau. La peur d’être arrêtée et expulsée, l’avait conduite, les premiers jours, à rester cachée. Témoignage.

"Dans mon quartier, on n’a pas encore beaucoup d’informations sur les vivants et les disparus. Nous parlons sur des groupes WhatsApp d’Africains [majoritairement sans-papiers, ndlr] et ce que je peux vous dire c’est que tout le monde cherche quelqu’un.

Ça ne veut pas dire que les gens sont morts, ça veut dire qu’on ne sait pas où ils sont. Ils sont peut-être partis ailleurs... Je ne sais pas. Tout est dévasté, on ne sait pas comment chercher les gens. Dans les groupes WhatsApp, on lit des choses comme : ’Ils sont sûrement autre part, dans un autre endroit.’ (...)

Une dame est venue hier. Elle vivait à 200m de chez moi. Elle a dit qu’elle avait trouvé trois corps chez elle. Je ne sais pas qui sont ces morts, je n’ai pas posé de question. Je pense que les gens commencent à reconstruire et qu’en reconstruisant, dans leur ’banga’, ils trouvent des corps. (...)

Dans mon quartier, je sais qu’il y a beaucoup de blessés. Des gens qui ont reçu des morceaux de tôles sur la tête, sur les bras, sur les jambes. En s’envolant, les toits des ’bangas’ ont fait beaucoup de dégâts. Je connais des gens, ils sont sans-papiers, mais ils sont allés se faire soigner à Mamoudzou [chef-lieu de l’île, ndlr], à l’hôpital. (...)

On a peur de se faire arrêter par la police, mais là, ça va mieux. Je suis dehors là [pendant que nous parlons au téléphone, ndlr], il y a des policiers partout autour de moi et ils ne me disent rien, ils ne m’arrêtent pas. (...)

Finalement, ce matin, je suis allée à l’association Solidarité Mayotte, on avait trop soif. L’association m’a donné de l’eau et des pastilles pour rendre l’eau potable. Personne n’a demandé qui on était et si on avait des papiers. (...)

Ici, tout a changé. Les Africains disaient au début qu’ils ne demanderaient pas d’aide mais en fait, il n’y a pas d’eau potable et pas de nourriture. Ils ont peur mais s’ils ne vont pas aux distributions, ils vont mourir de faim. Je pense que tout le monde finira par aller chercher de la nourriture et de l’eau. Ils n’ont pas le choix. (...)