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« Lynchage numérique » : au tribunal, une enseignante face au cyberharcèlement de l’extrême droite
#cyberharcelement #racisme #extremedroite #Zemmour
Article mis en ligne le 26 janvier 2026
dernière modification le 23 janvier 2026

Six personnes étaient jugées mardi 20 janvier pour avoir participé à une vague de messages haineux à l’encontre d’une enseignante de philosophie, Sophie Djigo. La professeure avait organisé, en 2022, une sortie pédagogique à Calais.

« Une vie qui explose. » Ce sont les termes choisis par l’enseignante en philosophie Sophie Djigo pour expliquer les conséquences de la vague de cyberharcèlement dont elle a été victime pendant plusieurs semaines, fin 2022. À la barre de la dixième chambre du tribunal correctionnel de Paris, mardi 20 janvier, l’ex-professeure du lycée Watteau de Valenciennes (Nord) raconte un « flot illimité de messages, de propos négrophobes, sexistes et racistes, de menaces de mort », auquel elle a été confrontée, et l’impression d’être « un punching-ball » contre qui se défouler. Sur le moment, elle s’interroge : « Quand est-ce que ça va s’arrêter ? » (...)

Le post de Protégeons nos enfants, lui, est rapidement suivi de la publication d’un communiqué de presse de Reconquête !, dans lequel Sophie Djigo, sans être nommée directement, est clairement identifiable. Le Rassemblement national sort également un communiqué, tandis que la polémique est ensuite reprise sur des sites de la fachosphère, tels que Fdesouche, Riposte laïque ou encore Le Miroir du nord. « Et là, ça a été l’embrasement », se remémore la professeure, également autrice de l’ouvrage Les Migrants de Calais. Enquête sur la vie en transit et fondatrice de l’association Migraction59, qui coordonne un réseau d’hébergement solidaire dans le nord de la France. (...)

« C’est instinctif » se défendent les prévenus

« Tweeter, c’est instinctif, on ne réfléchit pas, on vous parle de camps de migrants, d’enfants et de l’Éducation nationale, et c’est parti ! » défend d’une voix monocorde Éric E., le second prévenu présent à l’audience. Cet ancien développeur informatique désormais à la retraite, originaire de région parisienne, est poursuivi pour la publication de deux tweets à caractère injurieux ou menaçants. (...)

« Il ne s’agit là que d’une goutte d’eau dans la vague de messages de harcèlement qu’a subi ma cliente, Sophie Djigo », constate son avocat Raphaël Kempf dans sa plaidoirie, précisant au passage qu’un site comme Fdesouche ne répond pas aux réquisitions du procureur, rendant impossible l’identification d’auteurs de commentaires haineux. « Les prévenus présents aujourd’hui ne sont toutefois que les petites mains, ajoute l’avocat. La responsabilité de cette vague de cyberharcèlement incombe à des intellectuels de la haine, à la visibilité plus grande, que sont des personnalités comme Éric Zemmour. Ce sont eux qui ont lancé la meute. »

Ce volet de l’affaire sera jugé les 30 et 31 mars prochains, également devant le tribunal judiciaire de Paris. (...)

Sous protection policière pendant plusieurs semaines
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Elle a été contrainte de changer d’établissement, l’obligeant ainsi à aller travailler dans une autre ville. « Cela a également eu des répercussions sur mes étudiants qui préparaient un concours et qui ont été privés de professeure de philosophie pendant six mois », tient à ajouter l’enseignante.

« Cela pose aussi question sur la manière dont on peut être exposé en tant qu’enseignant », analyse la philosophe qui, à la suite du cyberharcèlement l’ayant visée, a reçu « plein de courriers de collègues, de toute discipline, de toute la France, qui racontaient avoir subi des pressions et des intimidations de la part de collectifs de parents ou de groupes proches de l’extrême droite ». Avec d’autres enseignants, elle a alors créé la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques (CAALAP), destinée à soutenir les collègues attaqués, les accompagner dans les procédures judiciaires et les former avec « des outils d’autodéfense théorique ». (...)

Le parquet a requis des peines de trois à douze mois de prison avec sursis à l’encontre des six personnes prévenues, assorties d’amendes allant jusqu’à 2000 euros, ainsi que trois ans d’inéligibilité pour chacun. Le délibéré sera rendu le 20 mars 2026.