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Loon-Plage : deux amis à la recherche de Nima et Hiva, disparus lors du naufrage du 15 décembre dans la Manche
#migrants #Manche #naufrages
Article mis en ligne le 25 décembre 2023
dernière modification le 24 décembre 2023

Il y a une semaine, vendredi 15 décembre, le naufrage d’une embarcation d’exilés au large de Dunkerque a fait un mort. Mais en plus de ce décès officiel, deux jeunes Iraniens, Hiva et Nima, ont également disparu cette nuit-là dans la Manche. InfoMigrants a pu retrouver deux de leurs amis, présents eux aussi sur le bateau, dans les campements de Loon-Plage. Du nord de la France au Kurdistan iranien, les proches de ces disparus font tout leur possible pour retrouver leur trace.

(...) Sur la route qui y mène, on distingue parfois des groupes de personnes exilées autour d’un feu de palettes. Ici et là, des tentes Quechua et des abris de fortune apparaissent. Sur une parcelle déboisée gorgée d’eau, on découvre un caddie, des vêtements et une tente abandonnés, restes d’un campement récemment expulsé. (...)

À l’entrée du terrain vague désigné, une citerne, posée au milieu de la gadoue, permet un précaire accès à l’eau. Il y a là quelques hommes, engoncés dans plusieurs couches de vêtements superposés, qui patientent ou se lavent les mains et le visage. Une femme veille sur un enfant d’environ 3 ans, emmitouflé dans un combinaison de ski rouge, un bonnet vert avec pompon sur la tête. À une dizaine de mètres, des sacs poubelle jaunes et noirs, parcourus par des rats, s’accumulent sur le bas-côté.

Jamal et son ami Zana survivent depuis près de deux mois dans cet environnement hostile. (...)

Les quatre jeunes hommes sont originaires de la ville de Paveh, dans la province de Kermanshah, une région à majorité kurde dans l’ouest de l’Iran. “Je connais Hiva depuis près de 20 ans, on était ensemble à l’école” commence Zana d’une voix basse et tranquille. “Nima est aussi mon ami, même s’il est un est un peu plus jeune que moi. Nous allions dans le même club de sport ensemble” ajoute-t-il.

Zana et Hiva ont fait le choix de fuir ensemble l’Iran il y a environ six mois. “Tout le monde connaît la situation en Iran", souffle Zana. "Austérité économique et absence de liberté d’expression : voilà le sort que nous réservait le régime autoritaire de la République islamique”. Nima, lui, a fui seul de son côté. Puis ce fut au tour de Jamal. (...)

C’est sur les routes de l’exil que les quatre amis se retrouvent. Ils atteignent l’Europe, puis parviennent jusqu’au nord de la France, espérant ensuite rejoindre le Royaume-Uni. “Nous ne voulions rester dans aucun autre pays que celui-là”, souligne Zana.

“On est tombés à l’eau, avec une dizaine de personnes” (...)

“Je tenais la main de Nima”

À ce stade du récit, Zana passe la parole à son ami Jamal : “Je ne me souviens plus exactement ce qu’il s’est passé à ce moment : j’étais dans l’eau et la panique commençait à me faire délirer”. Jamal, lui, a les idées plus claires : encore assis au moment de l’accident du côté droit du bateau, avec Nima, il a eu le temps de voir l’équipage de l’Esvagt mettre à l’eau des canots rouges pour secourir les naufragés.

“Notre bateau restait vraiment très instable et ne flottait pas bien”, décrit Jamal, qui tente de rester sur l’embarcation alors que celle-ci prend l’eau. “D’un côté, je tenais la main de Nima. De l’autre, je tenais une sangle du canot pour ne pas couler”, poursuit le rescapé. “Mais une vague est arrivée : Nima, moi et une dizaine d’autres personnes sommes tombées à l’eau”. Puis, le flou : “C’est la dernière fois que j’ai vu Nima”. (...)

La Premar assure avoir déployé des recherches sur zone “par moyens aériens et maritimes”. Mais elle affirme n’avoir récupéré qu’un seul corps : celui de la victime officiellement décédée. Pas de trace de Zana et Hima.

La préfecture maritime ne confirme pas les disparitions “à ce stade” (...)

Depuis le débarquement et jusqu’à aujourd’hui, les deux jeunes hommes n’ont pas été entendus par les autorités concernant la disparition de leurs amis. Pourtant, la préfecture maritime signale bien deux disparitions potentielles dès son communiqué du 15 décembre.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Saint Omer “sur le décès et en parallèle sur de potentielles personnes disparues”, nous indique Véronique Magnin, la porte-parole de la Premar. Tout en ajoutant : “Nous n’avons toujours pas de confirmation de disparus à ce stade, mais il est toujours possible que des témoignages remontent petit à petit”.
Interrogés sur les passeurs et le conducteur

Seule la Croix Rouge est venue rencontrer Zana au sujet des disparus, mercredi 20 décembre. L’équipe de rétablissement des liens familiaux de la Croix Rouge nous confirme avoir ouvert deux demandes de recherches, transmises à la gendarmerie maritime de Dunkerque.

En revanche, les deux amis ont été longuement interrogés par la police aux frontières dans le cadre de l’enquête ouverte par le parquet (...)

Depuis lors, un jeune homme originaire du Kurdistan syrien, soupçonné d’avoir piloté le canot, a été mis en examen et écroué.

“Imaginez-vous dans quel état se trouvent les familles qui n’ont plus de nouvelles” (...)

“À Paveh, dans la région d’origine de Nima et Hiwa, les familles ont diffusé des photos des deux disparus sur les réseaux sociaux et ont lancé des avis de recherche” explique Fatemeh Karimi, responsable de l’ONG Kurdistan Human Rights Network basée à Paris. (...)

Une collègue de Fatemeh Karimi s’est même rendue sur le littoral jeudi 21 décembre afin d’en savoir plus. “Nous sommes allés à l’hôpital de Calais, nous avons contacté les pompiers et des associations d’aide aux exilés, mais personne n’a de nouvelles d’eux” déplore la responsable de l’ONG. (...)