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Les milliardaires pro-Trump de la Silicon Valley vont-ils avoir la peau de la démocratie ?
#Trump #Musk #SiliconValley #IA #democratie #technocratie
Article mis en ligne le 3 octobre 2024
dernière modification le 30 septembre 2024

À l’instar d’Elon Musk, patron de X, plusieurs milliardaires de la Silicon Valley porteurs d’une idéologie ultra conservatrice et autoritaire mettent leur fortune au service de Donald Trump. De quoi faire craindre un “coup d’État technologique”.

Le 5 novembre, l’Amérique saura si elle élit, avec Kamala Harris, la première femme présidente de son histoire ou si elle s’offre un second tour de train fantôme avec Donald Trump. Dans la Silicon Valley, on scrutera les résultats avec attention. Longtemps, l’épicentre technologique du monde a été considéré comme un bastion démocrate. Barack Obama y raflait tous les suffrages, façade politique parfaite des promesses de prospérité de la nouvelle économie.
En 2016, Hillary Clinton recevait soixante fois plus de dons des salariés de Google ou d’Apple que son rival républicain. Et puis, contre toute attente, Trump l’a emporté…

Depuis, le rapport de force a sensiblement changé. En 2020, s’il s’est incliné face à Joe Biden, Trump y a récolté 23 % des suffrages. Cette année, Elon Musk, qui a racheté le réseau social X en 2022, en a fait son champion. Après avoir misé sur le gouverneur « anti-woke » de Floride Ron DeSantis, le milliardaire a assuré Trump de son soutien « total » au mois de juillet, avec un sens certain du timing : une heure après la tentative d’assassinat de l’ancien président, il a promis de donner 45 millions de dollars par mois à un comité d’action politique pro-Trump. (...)

Ces groupes de soutien n’ont pas le droit de financer directement un candidat mais peuvent dépenser à loisir afin d’accompagner sa conquête du pouvoir. Un appui crucial. Musk n’a pas non plus hésité à mettre sa plateforme au service du candidat républicain (...)

Musk est loin d’être le seul à avoir fait son coming out trumpiste. Son bras droit David Sacks, membre comme lui de la « mafia Paypal », ce quarteron ayant fait fortune grâce à l’application de paiement, est devenu l’agent de liaison entre les entrepreneurs et l’état-major républicain. Marc Andreessen et Ben Horowitz, à la tête du fonds de capital-risque homonyme, l’un des plus puissants du secteur, ont aussi rallié l’histrionique candidat républicain.

Et le très influent Peter Thiel, premier investisseur extérieur de Facebook, qui n’a jamais caché ses penchants droitiers, a réussi à imposer à Trump un colistier qu’il a presque entièrement manufacturé : J.D. Vance. (...)

C’est un partisan déclaré du coup d’État institutionnel. « Si je devais donner un conseil à Trump, ce serait de renvoyer tous les fonctionnaires, tous les bureaucrates, et de les remplacer par des gens à nous », déclarait-il en 2022. Signe de son allégeance à ses puissants soutiens, il a récemment menacé de couper les vivres à l’Otan si l’Europe persistait à « ne pas respecter les valeurs américaines » en cherchant à réguler X. (...)

[Le coup d’état technologique de la Silicon Valley] menace tout ce qui charpente nos démocraties..

Marietje Schaake, membre dirigeante de l’Université de Standford (...)

Comment expliquer un tel virage ? Même Mark Zuckerberg, qui avec sa femme avait donné 400 millions de dollars afin de faciliter l’organisation des élections en 2020, s’attirant les foudres des conservateurs, qui le soupçonnaient de soutenir indirectement les démocrates, a déclaré ne pas vouloir s’investir cette fois-ci. « Cela signifie que je ne soutiens ni l’un ni l’autre des candidats », a-t-il dit cet été, soucieux de ne pas insulter l’avenir.
Montée d’un “techno-autoritarisme”

« Les fondamentaux économiques sont essentiels pour comprendre la réorientation de la boussole politique des investisseurs en capital-risque  », analyse Olivier Alexandre. Comprendre : entre l’augmentation des taux, la bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle et, surtout, les multiples tentatives de régulation de l’administration Biden venant menacer leur fortune, nombreux sont les milliardaires qui ont fait de Trump le choix de la raison (et du portefeuille).

Pour autant, la romance du moment n’est pas seulement guidée par un appétit insatiable pour le capital. Derrière la realpolitik se cachent parfois des idées beaucoup plus radicales, portées par des intellectuels confidentiels qui susurrent à l’oreille des patrons influents. Au début de l’année, le magazine The Atlantic s’inquiétait de la montée d’un « techno-autoritarisme » qui, tout en se réclamant de l’esprit des Lumières, « serait à la tête d’un mouvement antidémocratique et illibéral ». Ses doctrinaires ? Des philosophes atypiques imprégnés par la science-fiction et hypnotisés par la fin du monde. Leur horizon politique ? La monarchie ou la Hongrie du très raide Viktor Orban, séduisante incarnation du « César américain » dont rêve Curtis Yarvin, l’un des idéologues de ce mouvement composite, qui s’assoit à la table de… Peter Thiel. (...)

Pour ces ennemis de l’égalitarisme, le progrès technologique est intrinsèquement bon, l’autodétermination des individus, accessoire, et l’exercice du pouvoir, sans limites. Face au « virus woke » (l’expression est de Musk), ils se voient comme le parti de l’intelligence ferraillant contre celui de l’obscurantisme. (...)

« Ils combinent une vision utopique du futur à une interprétation utilitariste de l’éthique selon laquelle la fin justifie les moyens. Une telle équation débouche invariablement sur des mesures extrêmes » (...)
« Si ces idées restent marginales, avertit Émile P. Torres, elles sont aussi omniprésentes. Les néoréactionnaires ont -infiltré les entités gouvernementales, notamment grâce à l’attrait du personnel politique pour l’intelligence artificielle. De l’ONU au 10 Downing Street, on se passionne pour leur vision du futur. » C’est bien le problème, rétorque Olivier Alexandre : « Ils n’ont aucun rapport à l’Histoire, à rebours de nous, Européens continentaux. Pour eux, seul le « forefront », l’avant-garde, compte. Le passé n’a pas d’importance. » Pour le présent brûlant, rendez-vous le mois prochain.