D’abord paru en anglais en mars 2025, Les Nouveaux Esclavagistes. La traite des êtres humains, une économie souterraine de Barbie Latza Nadeau est un essai dans lequel les liens entre flux migratoires et trafic d’êtres humains sont méticuleusement dévoilés. Une activité criminelle en plein essor qui profite de l’instabilité géopolitique mondiale et du capitalisme sauvage.
Depuis le début des années 2000, les publications sur l’esclavage moderne se multiplient, et cette production est le reflet d’un trafic en plein essor. « La traite des êtres humains est l’activité criminelle avec la croissance la plus rapide au monde, et la deuxième plus importante après le trafic de drogue », écrit Barbie Latza Nadeau dans son dernier ouvrage Les Nouveaux Esclavagistes. La traite des êtres humains, une économie souterraine (Grasset). Celui-ci s’inscrit dans cette volonté de donner à voir et à penser l’esclavage moderne et de saisir son ampleur qui, selon les prédictions des experts, ne fera qu’augmenter dans les années à venir en raison de la situation géopolitique mondiale actuelle plus que jamais instable. Comme le précise l’autrice, « si les organisations criminelles se tournent de plus en plus vers le trafic des êtres humains pour gagner de l’argent, c’est entre autres parce que l’apport en individus désespérés et en mouvement est en perpétuelle augmentation ». (...)
Le livre lève le voile sur les économies souterraines telles que la prostitution, le trafic de migrants, le travail forcé, la gestation pour autrui, la pédocriminalité, le trafic d’organes, la servitude domestique et la traite à des fins d’escroqueries en ligne. Les deux piliers de cet écosystème criminel transnational sont d’une part la vulnérabilité des individus recrutés, le plus souvent dans des pays traversés par des conflits armés et/ou des crises économiques et, d’autre part, le silence des gouvernements, des institutions et des banques. Car sans la complicité du secteur de la finance, l’argent issu de la traite humaine ne pourrait pas circuler dans les systèmes bancaires, comme cela a été démontré dans l’affaire Jeffrey Epstein
Des dizaines de milliers de mineurs déclarés disparus (...)
Dans son essai, la journaliste explique que « les travailleurs sans papiers constituent le segment le plus exploité de la main-d’œuvre dans de nombreux secteurs, pour la bonne raison que, le plus souvent, ils ne bénéficient d’aucune protection juridique suite à leur entrée illégale sur le territoire ou la péremption de leur visa ». (...)
Des profits colossaux et des trafiquants peu inquiétés (...)
Selon les enquêteurs et comme a pu le constater également le prêtre italien Fortunato Di Noto, fondateur de l’association Meter qui lutte contre la pédocriminalité, « les mineurs non accompagnés constituent souvent des victimes de premier choix pour les producteurs de pédopornographie ». (...)
Ce réseau complexe est difficile à démanteler car les maillons les plus susceptibles d’être arrêtés, à savoir les recruteurs et les passeurs, sont facilement remplaçables. Les trafiquants, eux, sont quasi inatteignables. L’implication et l’instrumentalisation de mineurs et l’aspect transnational des affaires complexifient également la tâche des autorités et des instances juridictionnelles. (...)
Avec l’externalisation des frontières, les pays d’Afrique du Nord deviennent des partenaires dans la protection des frontières européennes, chargés de contenir les départs du continent africain en contrepartie d’aides financières. L’autrice s’attarde en particulier sur le cas de la Libye, qui est devenue, après la chute de Mouammar Kadhafi, un des principaux pays de transit et une zone où des dizaines de milliers d’exilés font l’expérience des tortures, des viols et de l’enfermement. Afin de sortir de cet enfer, beaucoup acceptent que des trafiquants paient leur traversée. Ils devront ensuite rembourser le triple ou le quintuple. L’autrice pointe ensuite la multiplication des centres de rétention administrative dans tous les pays européens, ainsi que l’intensification des discours et des mesures anti-immigration. (...)
Israël, trafic et transplantation d’organes
Le trafic d’organes recourt aux mêmes mécanismes. Il prospère sur la pauvreté et la précarité des donneurs. (...)
Le trafic d’organes recourt aux mêmes mécanismes. Il prospère sur la pauvreté et la précarité des donneurs. Comme l’explique Vicenzo Musacchio, un criminologue qui travaille pour le Rutgers Institute on Anti-Corruption Studies (RIACS) : « Les pays les plus pauvres fournissent les donneurs, et les pays les plus riches fournissent les bénéficiaires. Les mafias gèrent ce marché criminel et servent de lien entre les différentes parties. » (...)
À la suite d’autopsies réalisées sur des corps d’otages et de prisonniers palestiniens rendus par les occupants israéliens ont été découverts l’absence de cochlées (une partie de l’oreille interne), de cornées et d’autres organes tels que le foie, le rein et le cœur.
Les manquements aux droits humains les plus fondamentaux décrits dans ce livre et qui font l’esclavage moderne ne sont pas le fait d’abus de pouvoir isolés, ni de failles juridiques, ni de mauvaises volontés, mais bien d’un mode de production économique qui l’exige (...)
Les guerres et les conflits en cours - Palestine, Liban, Iran, Ukraine, Soudan, RD Congo, etc. - jettent toujours plus de femmes, d’hommes et d’enfants sur les routes. Ils continueront de nourrir un système économique globalisé et silencieux face à leur détresse, pourvu que leurs profits progressent.