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The Conversation
La pomme, reine des vergers… et des pesticides
#pommes #tavelure #fongicides
Article mis en ligne le 1er avril 2025
dernière modification le 27 mars 2025

La pomme est le fruit préféré des Français et le plus cultivé en France. Mais la pomme ne se distingue pas uniquement par sa popularité, elle figure également en tête des cultures les plus traitées en France, notamment en raison du champignon Venturia inaequalis, qui est responsable de la maladie de la tavelure. Comment réduire cette dépendance aux traitements ?

Les fruits tachés ne sont pas nocifs pour la santé humaine, mais ne peuvent être ni vendus ni exportés. C’est la raison pour laquelle les arboriculteurs utilisent des fongicides entre 15 et 20 fois par an, un chiffre qui peut grimper jusqu’à 40 traitements sur les variétés les plus sensibles lors de printemps particulièrement pluvieux (...)

Les vergers menés en agriculture biologique ne sont pas épargnés par cette maladie. Ils sont souvent autant traités voire plus que les vergers conventionnels, car les fongicides utilisés en agriculture biologique, comme le cuivre et la bouillie sulfocalcique, sont plus facilement lessivés par les pluies que les fongicides de synthèse. (...)

De plus, ce champignon s’adapte rapidement aux diverses méthodes de lutte déployées. Pour tenter de pallier ces difficultés, notre équipe à l’IRHS d’Angers développe actuellement une stratégie tout à fait inédite chez les champignons qui, au lieu de tuer l’agent pathogène, l’empêche de se reproduire. (...)

Le pommier et la tavelure, de vieux compagnons de route

La tavelure du pommier sévit partout dans le monde (...)

Au cours des quarante dernières années, l’activité humaine a facilité, de manière totalement fortuite, l’introduction dans les vergers d’une population de tavelure provenant de l’habitat sauvage selon un scénario comparable à celui du « cheval de Troie ». (...)

Issu de l’espèce ornementale Malus floribunda, le gène Rvi6 est rapidement devenu la principale source de résistance introduite dans les programmes de sélection à travers le monde. Après plusieurs décennies de croisements, les premières variétés portant le gène Rvi6 issues de ces travaux de sélection ont été plantées en Europe dans les années 1980. Cependant, quelques années après leur plantation, des symptômes de tavelure ont commencé à apparaître dans les vergers. (...)

Des vergers sans fongicide ? Un changement de paradigme s’impose

Le plan EcoPhyto, qui ambitionne de diminuer de 50 % l’usage des pesticides, voire de les éliminer complètement, suscite des inquiétudes quant à sa faisabilité parmi les producteurs et représente un véritable défi pour les scientifiques.

En effet, les variétés de pommes les plus cultivées en France sont particulièrement sensibles à la tavelure, et non seulement la présence de tâches sur les fruits est inacceptable dans les circuits de distribution, mais toute possibilité d’exportation est également interdite.

À moins de convertir l’ensemble des vergers de pommiers en agriculture biologique et d’assouplir sensiblement la réglementation stricte sur la présence de taches sur fruits, imaginer se passer des fongicides de synthèse paraît aujourd’hui illusoire. La situation est similaire à l’étranger dans les grands pays producteurs et exportateurs de pommes, où les mêmes variétés sensibles à la tavelure dominent le marché.

Face à ce constat, comment changer la donne ? (...)

En l’absence de contraintes imposées par les politiques publiques, telles que des amendes sur l’application excessive de fongicides, les mêmes variétés gourmandes en traitements chimiques continueront de dominer le marché. Il serait également possible d’envisager la création d’un « pesti-score », une telle information portant sur la quantité de traitements appliqués sur les vergers pourrait participer au changement de paradigme attendu.

Sur le plan international, la recherche académique et les filières horticoles consacrent également beaucoup d’efforts pour lutter contre cette maladie. (...)

À court terme, une solution envisageable pour assurer cette transition pourrait résider dans la relance de campagnes de promotion et de sensibilisation auprès du grand public en faveur de variétés de pommes peu sensibles à la tavelure telles que la reine des reinettes ou la Chanteclerc, mais qui n’avaient pas rencontré à leur sortie le succès escompté face aux variétés dominantes. Une telle stratégie permettrait de diversifier les plantations en verger et de réduire ainsi l’usage des fongicides.

Combinaison de stratégies et de moyens

L’histoire récente nous enseigne toutefois l’humilité face à la complexité du problème : la tavelure présente une telle diversité qu’elle est capable de s’adapter aux résistances naturelles du pommier. (...)

Parmi les pistes alternatives aux pesticides étudiées dans notre laboratoire, nous évaluons la possibilité de perturber la reproduction sexuée du champignon, une étape indispensable à sa survie hivernale. L’objectif visé n’est pas de tuer le champignon, mais bien de l’empêcher de survivre durant l’hiver. (...)

Le défi sera de développer des variétés résilientes moins gourmandes en pesticides adaptées à des systèmes durables de gestion des résistances. Une telle transition demandera une refonte profonde des méthodes de production ainsi qu’un changement des habitudes des consommateurs.